Cours d’éducation aux valeurs: un cours de religion(s) déguisé?

C’est un des projets emblématiques du gouvernement. Lundi prochain, le 23 mars, le ministre de l’Education nationale présentera un document-cadre qui décrit le contexte, les grandes orientations et les principes fondamentaux du nouveau cours baptisé «Vie et Société» et qui remplacera l’instruction religieuse et la formation morale et sociale dans les écoles luxembourgeoises.

Le ministère décrit la finalité du cours comme étant de «développer des compétences participant à la formation de citoyens autonomes, ouverts et responsables, dans notre société marquée par une diversité croissante».

Un bel énoncé, qui ne rassure pourtant pas les professeurs de formation morale et sociale membres du groupe de travail censé développer ce cours unique. Ayant pris connaissance en début de semaine de ce document de référence, ils dénoncent la concrétisation de leurs pires craintes: «Le gouvernement qui avait l’intention d’abolir le cours de religion va en fin de compte abolir le cours de « formation morale et sociale » / de « philosopher avec les enfants ».

Cours de religion(s)

Les attentes des enseignants de religions auraient été comblées, alors que leurs recommandations et les revendications des enseignants d’éthique auraient été ignorées. Le projet aboutirait à un cours de religion(s), loin des appels à un enseignement de «philosophie pratique», de «philosopher avec les enfants», de «nouvelles pratiques philosophiques» ou de «débats à visée philosophique». Un mouvement pourtant bien lancé en Europe.

Il faut préciser que le document cadre n’a pas été élaboré au sein du groupe de travail mais par un expert officiant auprès de l’Institut des sciences de l’éducation de l’université de Zurich. Le Docteur Jürgen Oelkers donnera d’ailleurs une conférence publique, le 23 mars à 19.30h au Forum Campus Geesseknäppchen, où il évoquera « le contexte sociétal, les grandes questions auxquelles le cours est appelé à fournir des éléments de réponse ainsi que les défis y relatifs » comme annonce l’invitation.

« Un expert jusqu’ici inconnu au Luxembourg, dont on ne connait pas le cahier des charges », grince un membre du Cercle de coopération des associations laïques. Le Cercle avait été fondé en février pour se poser en interlocuteur du gouvernement et demandait à être consulté « avant toute décision sur tout sujet qui touche à la laïcité et aux intérêts des personnes sans croyance, athées, agnostiques, humanistes qui ne se reconnaissent pas dans une idéologie religieuse ». Surtout ce cours d’éducation aux valeurs. Le ministre n’a pas donné suite pour l’instant. Peu amusé, le Cercle de coopération des associations laïques se réunira le 19 mars pour se concerter sur ce sujet sensible.

Journée marathon le 23 mars

L’Association luxembourgeoise des Professeurs d’Ethique (ALPE), elle non plus, n’a pas été consultée. Elle s’en est plaint au groupe parlementaire Déi Lénk qui, partageant ses revendications – non à un cours « 50 % religion / 50 % laïcisme », mais oui à un cours de philosophie pratique abordant également, entre autres, le fait religieux à travers le prisme de l’approche scientifique – s’est empressé de réclamer la venue du ministre en commission pour « présenter les grandes lignes de ce programme avant le 23 mars ».

Claude Meisch viendra… le 23 mars à 9.00h. Avant une conférence de presse sur le sujet à 14.00h et la conférence publique du Docteur Jürgen Oelkers. Il ne manquera pas d’auditeurs intéressés.

Laurence Harf

Le communiqué signé par les membres „Formation morale et sociale“ du groupe de travail „Cours unique“ quant au nouveau cours d’“éducation aux valeurs“:

C’est le monde à l’envers : Le cours de « morale laïque » est aboli pour faire place à un cours de religion(s)

Un peu partout en Europe et au-delà prospère ce qu’on appelle « philosopher avec les enfants», « nouvelles pratiques philosophiques », « débats à visée philosophique » ou « philosophie pratique »… Ces pratiques cherchent à éveiller les jeunes au questionnement philosophique et à les aider à construire leur propre réflexion.

Alors que de nombreux enseignants luxembourgeois suivent de près ces évolutions à l’étranger, participent à des formations, recueillent du matériel pédagogique de qualité, font des expériences positives en classe à l’école fondamentale comme au lycée, le gouvernement luxembourgeois va dénicher un programme en Suisse… qui, non seulement ressemble fortement à des programmes étrangers dont la mise en pratique a provoqué de fortes critiques, mais qui en est à ses premiers balbutiements et ne peut présenter aucun matériel didactique !

Le « plan cadre » du nouveau cours, longuement attendu, et toujours strictement confidentiel à l’heure actuelle, est finalement parvenu aux membres du groupe de travail « cours unique » – d’ailleurs toujours sans mission concrète. Les pires craintes des enseignants d’éthique se sont concrétisées !

Tandis que les attentes des enseignants de religions ont été comblées, les recommandations et revendications des enseignants d’éthique – ainsi que celles des associations laïques – sont tombées dans l’oreille d’un sourd.

Le gouvernement qui avait l’intention d’abolir le cours de religion va en fin de compte abolir le cours de « formation morale et sociale » / de « philosopher avec les enfants».

Ainsi, ce ne sont pas les titulaires de religion qui nécessitent un dispositif de réorientation professionnelle, mais les enseignants d’éthique (et avec eux tous les enseignants de l’école fondamentale). Car, bien que l’actuel cours d’éthique accorde une place importante à l’enseignement objectif du fait religieux – à coté des questions relatives au politique, aux médias, à la gestion durable, la bioéthique, l’économie, etc.- ces enseignants n’ont pas été formés à apprendre aux élèves à interpréter « correctement » le langage symbolique des textes religieux.

Les travaux réalisés par les prédécesseurs de l’actuel ministre sont jetés à la poubelle. Quel gâchis !

La possibilité d’introduire un cours d’éthique / de philosophie pratique ayant fait ses preuves n’a pas été saisie. Quel dommage !

L’introduction d’un cours axé principalement sur les religions et accordant à l’enseignant le droit de faire part de sa position personnelle est plus que risquée.

Holtzem Thierry

Panteghini Sarah

Pettinger Patricia

Retter Gilles