Coups de cœur / Beaux cadres

Il fallait s’y attendre, le nouveau ministère des Affaires étrangères ne serait pas un deuxième «bordel vénitien», qualificatif dont fut affublée la Chambre des députés après sa restauration de fond en comble.

Considérée à l’époque comme annexe du palais grand-ducal, auquel elle était reliée par un large couloir au niveau de la salle de séance, on n’avait guère le choix si l’on entendait conserver une certaine unité de style. On avait eu, à l’époque, la bonne idée de faire appel à un architecte d’intérieur de renommée mondiale.

J’ignore qui a pris soin du réaménagement intérieur de l’ancien palais de Justice qui, à un certain moment, aurait dû devenir la Chambre des députés, mais je viens de constater qu’on y a fait régner un style tout à fait contemporain et dépouillé.

Le comte Mansfeld – dont c’était la résidence en ville et dont de vaillants et généreux admirateurs sont en train de reconstruire virtuellement le château «La Fontaine» de Clausen – et le roi Louis XIV, qui y a passé cinq nuits lors de son séjour chez nous en compagnie de Racine et de Madame de Maintenon, logés chez les sœurs de Sainte-Sophie, n’en reviendraient pas. Ils étaient habitués à des ambiances décidément plus chargées et fastueuses.

Mais les temps ont bien changé et ce qui importe, c’est que ceux qui désormais y travailleront et recevront s’y sentent à l’aise, retrouvant, après avoir jeté un regard distrait sur la façade d’époque, une ambiance zen, favorable à la méditation et à la conception d’idées claires. Car, avec ce qui se passe dans le monde, ceux qui sont en charge des affaires étrangères n’ont pas la tâche facile.

Loin de là, alors que chaque jour apporte son lot de démêlés et de défis et, surtout, de nouvelles déprimantes comme celle de l’affreuse famine qui règne dans tant de régions du monde. Les affaires étrangères ayant trouvé une nouvelle résidence, l’ancien refuge des moines de l’Abbaye Saint-Maximin de Trèves va bientôt accueillir, rue Notre-Dame, notre Premier ministre et son équipe du ministère d’Etat.

J’y vois déjà accrochées les peintures un rien naïves et hautes en couleur du cher Xavier, qui a gardé ce petit côté de jeune gendre idéal qui le rend si sympathique et dont la mère de Maigret et bien d’autres dames conviendraient sans hésiter que c’est un homme fort séduisant. Vu son choix de vie, elles devront toutefois essayer de caser leurs filles ailleurs.

Voilà que j’ai assisté à la remise du Mérite européen à la Ville de Luxembourg, au Cercle Cité. Là encore, on a un peu trop hésité, lors de l’importante restauration de l’immeuble, à redorer davantage les fioritures et décors en plâtre. Mais le palais municipal reste de loin le plus beau lieu de réception de la capitale. En l’occurrence, il a vécu une nouvelle heure de gloire avec un fleuve de discours, bien fondés et très fouillés, qui ont tout de même un peu mis à rude épreuve les nerfs de la nombreuse assistance qui, plus d’une fois, a jeté un regard langoureux vers le bar du premier étage ou le champagne prenait de la température.

Il était pourtant tout à fait indiqué de rappeler l’histoire de l’installation des institutions européennes – souvent rocambolesque – dans une ville qui, plus qu’une autre, a mérité l’Europe.

Cette Europe dans laquelle les populistes ont actuellement un peu trop le vent en poupe, mais qu’on ne devrait en aucun cas laisser s’engager dans la voie dans laquelle certains voudraient la pousser.

Les divers orateurs l’ont souligné avec force et à raison en félicitant la ville à l’honneur qui a participé dès le début avec un rare engagement à l’aventure communautaire et qui a connu, grâce à elle, un essor dont elle a toutes les raisons d’être fière.

Pierre Dillenburg