Contre- productif

En s’accrochant aussi férocement à sa candidature, François Fillon n’est pas uniquement son propre fossoyeur. Il creuse la tombe de cette noble chose publique qu’est la politique en nourrissant les candidats «anti-système» et principalement l’extrême droite.

L’outsider qui gagne la primaire ne peut qu’attirer l’attention. D’autant plus qu’avec son discours de «transparence», de mise en valeur du travail et ses références à de Gaulle et à Pompidou, Fillon s’est construit une posture à mille lieues d’un Juppé condamné en 2004 pour les emplois fictifs de la Ville de Paris, ou d’un Sarkozy qui ne cesse de traîner des casseroles avec notamment son renvoi en procès dans l’affaire Bygmalion. Les médias ne pouvaient donc que s’intéresser à son cas. Et voilà que, selon le Canard enchaîné, les mœurs parlementaires et l’usage du denier public de l’ancien Premier ministre contredisent de plein fouet le discours du candidat à la plus haute fonction présidentielle.

La réponse de François Fillon ainsi que celle de sa femme se sont non seulement fait attendre mais, surtout, manquent de cohérence. Demi-vérités, oublis, les réponses des époux sont floues et contradictoires. Ce sera donc bel et bien à la justice de se prononcer sur la véracité ou non des abus.

Plutôt que de répondre factuellement aux accusations qui lui sont faites, de démontrer que les médias font fausse route, François Fillon a préféré attaquer ces derniers de front. Quitte à oublier que le temps médiatique n’est pas celui du politique. Quitte à oublier que les journalistes ne sont pas là pour reproduire les discours des personnalités politiques. Quitte à oublier que le travail journalistique consiste justement à aller au-delà de la posture du communicant et à essayer de décrypter la signification du message en relevant ses possibles incohérences.

Or, depuis les révélations successives du célèbre palmipède, François Fillon s’est montré incapable d’apporter la moindre information contredisant les dires du Canard ou les propos de son épouse au Sunday Telegraph.

En revanche, tout l’art de la communication est apparu quand le candidat du parti Les Républicains a affirmé qu’il était le seul à rester en lice faute de plan B.

Cela augure bien mal de sa campagne tant sa légitimité est mise en doute. Qu’il le veuille ou non, une forme de népotisme règne à l’Assemblée nationale et au
Sénat. Quelle que soit la légalité des faits, l’opinion veut aujourd’hui de la transparence de la part de ses représentants. Ne pas s’y plier revient à se condamner et à faire le jeu de tous ceux qui dénoncent cette mainmise sur le fonctionnement de l’Etat.

C’est évidemment le cas du Front national, qui en profite pour mieux se positionner. Son discours «anti-système» vise à convaincre les petites gens qu’il est apte à gouverner et qu’il ne les oubliera pas. L’affaire Fillon lui donne un maximum de blé à moudre. Et, surtout, elle rend inaudibles les attaques contre Marine Le Pen. Les affirmations de l’Olaf (Office européen de lutte contre la fraude) concernant des emplois fictifs dans le cadre de sa fonction de députée européenne passent quasiment inaperçues alors qu’elles sont pour le moins aussi graves que les accusations entourant la famille Fillon.

En s’accrochant ainsi à une stratégie contre-productive, Fillon condamne son projet politique aussi sûrement qu’il nourrit les populismes les plus dangereux. Contre la France et contre l’Europe.