Conjugué, tripoté, tissé, métissé

david broman – dbroman@le-jeudi.lu/ Le salon du livre et des cultures, sentinelle de la pluralité culturelle

Evoluant quelque peu à l’ombre du Festival des migrations, le Salon du livre, en chantant le pluriel, navigue sur les mers de l’apaisement identitaire.

«Ça fait 15 ans qu’il existe, qu’il offre la possibilité de rencontrer des centaines d’auteurs du pays et du monde, qu’il brasse des tonnes de livres… Pourquoi donc cette manifestation n’est-elle pas reconnue officiellement?» L’interrogation est lancée par Jean Philippe Ruiz, du Comité de liaison des associations d’étrangers (Clae), à propos du Salon du livre et des cultures du Luxembourg et d’Artsmanif, deux événements-clés du Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté.

Il est vrai qu’alors que le Festival est une manifestation majeure et reconnue par «tout le monde», le salon est, étrangement, ignoré des autorités culturelles du pays. «Voilà un des plus grands rendez-vous littéraires du Luxembourg qui se trouve, pourtant, obligé de naviguer dans l’ombre du festival, tel un vaisseau pirate.»

«Une reconnaissance du ministère de la Culture serait la bienvenue et une présence, un petit « mot porteur » prononcé à l’inauguration serait la moindre des choses.» Et si des subsides ne seraient pas de refus, il ne s’agit pas d’une question d’argent, mais de la reconnaissance des réalités pluriculturelles du pays. Par exemple, accueillir officiellement Germano Almeida, le plus grand écrivain du Cap-Vert, serait du coup reconnaître la culture cap-verdienne bien présente au Luxembourg.

Cette année – une année exceptionnelle notamment par le nombre d’auteurs présents –, le Salon du livre est placé sous le signe du «faire sentinelle». «Parce que les temps sont difficiles. Parce que, suite aux attentats de Paris, quelque chose a basculé. Au sein de ces importants bouleversements identitaires, nous avons une responsabilité. D’où l’idée de sentinelle – sentinelle amoureuse et non guerrière.»

Diversité, pluralité

S’étalant sur les trois jours du Festival des migrations, le Salon du livre et des cultures verra donc la participation de nombre d’écrivains issus des terres d’ici et d’ailleurs, du Luxembourg au Pérou, en passant par l’Italie, le Mozambique, l’Espagne, le Portugal, Chypre, le Ghana, la France, le Cap-Vert, la Bosnie-Herzégovine, la Colombie, le Cameroun, le Brésil, Malte… couvrant les littératures lusophones, hispaniques, africaines, péruviennes, germanophones, francophones, catalanes, polonaises, italiennes, luxembourgeoises, iraniennes, albanaises, russes, bosniaques, galiciennes, maltaises, grecques… Et collabore à la réalisation de ce salon tout un pan de la société civile luxembourgeoise; des Amis du 25 avril au Centre culturel et scientifique de Russie. Une trentaine d’associations en tout.

A ce salon se greffe, pour la troisième année, ARTSmanif, ou les «Rencontres des cultures et des arts contemporains», où seront présentés plus de trente artistes peintres, sculpteurs, plasticiens, photographes d’origines diverses. Rien que brosser ainsi sommairement ces deux événements, l’on ne peut être que séduit par la richesse de leurs diversités. «Au Clae, nous insistons sur le concept des identités plurielles. On pouvait, peut-être, il y a trente ou quarante ans, encore se définir avec une identité unique. Mais ce temps est révolu. Aujourd’hui, on ne peut vivre bien, debout, sur ses pieds, droit que lorsqu’on est porteur de plusieurs références culturelles. Nous aimons les identités lorsqu’elles sont plurielles, croisées, partagées, conjuguées, tripotées, tissées, métissées. Dès lors que l’on reconnaît ses identités multiples, que l’on accepte sa pluralité culturelle, alors les tourments de l’identité unique s’apaisent.»

Et le Salon du livre et des cultures n’est autre, à sa façon, qu’une des pierres angulaires de cet apaisement.
 

Festival

Le 15e Salon du livre et des cultures du Luxembourg et le 3e ARTSmanif s’inscrivent dans le cadre du Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté qui se tiendra les 13, 14 et 15 mars à LuxExpo au Kirchberg.

Les trois événements sont coordonnés par le Comité de liaison des associations d’étrangers (Clae) en collaboration avec de nombreuses autres associations.

Programme et renseignements:

www.clae.lu
 

Table ronde

Intégré au Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté, un débat se tiendra, ce 14 mars, à 17.00h à LuxExpo, sur le droit de vote des étrangers, avec Félix Braz, ministre de la Justice, Claude Wiseler, député (CSV), membre de la commission parlementaire des institutions et de la révision constitutionnelle, Denis Scuto, historien, et Eduardo Diaz, du département des immigrés du syndicat OGB-L.

La discussion sera animée par Maurice Magar, journaliste au Jeudi.

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