La Commission lance sa « consultation citoyenne » sur l’avenir de l’UE

La Commission européenne a lancé mercredi les « consultations citoyennes », sous forme d’un questionnaire en ligne adressé aux Européens, parallèlement à une initiative organisée dans les Etats membres à l’initiative de la France pour contrer la montée des populismes.

« L’enquête que nous lançons aujourd’hui pose la question à tous les Européens: quel avenir voulons-nous pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour notre Union ? Le moment est venu pour les Européens de s’exprimer, haut et fort, sur les questions qui les intéressent et sur ce qu’ils attendent de leurs dirigeants à cet égard », a expliqué le président de la Commission Jean-Claude Juncker dans un communiqué.

Le questionnaire a été établi par un « Panel citoyen européen » ayant rassemblé le week-end dernier à Bruxelles une centaine de personnes de toutes les classes d’âges et de tous les métiers. Tirées au sort et censées représenter la diversité des 27 Etats membres (à l’exception du Royaume-Uni, qui quittera l’UE fin mars 2019). Ce panel, chargé d’identifier 12 questions principales qui préoccupent les Européens, a débattu sous les auspices du Comité économique et social européen (CESE), un organe consultatif qui se veut le « représentant de la société civile ». Une « première » transnationale et multilingue dans l’histoire des institutions. « Notre souhait c’est que le résultat de ce panel ne sera pas simplement la base d’une consultation en ligne. Le panel a été une bonne initiative. C’est une bonne méthode pour regagner un peu plus d’espace de confiance », explique le nouveau présisent du CESE, Luca Jahier, dans un entretien avec l’AFP.

« Le positif de cette méthode, c’est qu’on sort des slogans, on sort des cris, on sort des tweets », dit M. Jahier. Sans grande surprise, le questionnaire — accessible en français via le lien https://ec.europa.eu/commission/consultation-future-europe_fr — porte sur les principaux sujets d’inquiétude des Européens: chômage, crise migratoire et protection des frontières, sécurité, terrorisme et radicalisation, environnement et climat.

L’idée de « consultations citoyennes sur l’Europe » a été proposée par le président français Emmanuel Macron qui a lancé la première en France le 17 avril dernier à Epinal (est).

Le processus doit se poursuivre dans les Etats membres qui le souhaitent, chargés d’organiser leurs « dialogues citoyens », jusqu’en octobre, avant de faire l’objet d’une synthèse qui sera présentée aux chefs d’Etat et de gouvernement lors de leur Conseil de décembre prochain dans la perspective du sommet de l’UE du 9 mai 2019 à Sibiu (Roumanie).

Le premier sommet après le Brexit et à quelques semaines des élections européennes. « Nous espérons que les gouvernements utiliseront chacun à leur manière les 12 questions (formulées par le panel citoyen) comme base de référence pour leurs consultations citoyennes », veut croire le président du CESE. Mais cet exercice de « démocratie participative », qui reste « volontariste », peut-il suffire à restaurer la confiance dans une Europe divisée, en proie aux crises à répétition, où chaque consultation électorale manifeste une poussée des mouvements populistes et eurosceptiques, quand elle ne les porte pas au pouvoir? « La vraie question est qu’on risque de perdre l’espace public. Il faut faire attention à ne pas le laisser qu’à ceux qui crient le plus », reconnaît-il, en dénonçant « les entrepreneurs de la peur ». « Ils occupent l’espace public en utilisant les peurs pour capitaliser (sur) un résultat électoral. Si on ne réoccupe pas ces espaces en ayant le courage d’avoir un vrai débat, avec des propositions et des engagements, on aura perdu l’avenir de nos démocraties libérales », plaide l’Italien. « Ce débat n’est pas simplement pour sauvegarder les murs de la maison. Tout le monde se rend compte que soit on arrive à regagner ce rapport de dialogue et de confiance sur les grandes discussions d’avenir, soit on risque de perdre la grande bataille ».