Commerce: l’UE défend le libre-échange contre le protectionnisme américain

Russia's Prime Minister Dmitry Medvedev, center, is greeted by European Council President Donald Tusk, left, and European Commission President Jean-Claude Juncker

Les Européens ont lancé vendredi un appel en faveur du libre-échange dans une claire offensive contre la politique « l’Amérique d’abord » de Donald Trump, au cours d’un sommet à Bruxelles avec les dirigeants de 21 pays d’Asie et la Russie.

« Le sommet montre que les pays d’Europe et d’Asie, qui veulent tous un commerce mondial fondé sur des règles, se rassemblent ici pour s’engager en faveur du multilatéralisme, ce qui est un signal important », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel devant la presse.

« Je crois que nous pouvons dire clairement que le monde est en train de créer des situations gagnant-gagnant, en montrant clairement que ce qui bénéficie à l’un peut aussi profiter à l’autre », a-t-elle ajouté. L’Allemagne est la première économie de l’UE.

« Je réitère le souhait qui est le nôtre d’appuyer dans tous leurs efforts les organisations multilatérales, notamment l’Organisation mondiale du commerce qu’ensemble nous devrons réformer pour que ses règles correspondent mieux aux nouvelles donnes », a pour sa part déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Les Européens cherchent des alliés pour tenter de contrer les attaques du président Trump contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont l’Américain juge les règles trop contraignantes. Ils cherchent également à sauver l’accord international sur le climat, dont les Etats-Unis se sont retirés en juin 2017, et l’accord conclu par les Occidentaux avec Téhéran pour contrôler son programme nucléaire, dénoncé quelques mois plus tard par Donald Trump.

Les dirigeants des 28 États membres de l’UE, en sommet européen à Bruxelles depuis mercredi soir, ont été rejoints jeudi soir par leurs homologues des 21 pays d’Asie membres du dialogue UE-Asie (ASEM) et par le Premier ministre russe Dmitri Medvedev.

Prévue de longue date, cette réunion a pour toile de fond les nombreux contentieux des uns et des autres avec Washington.

Les Européens ont conclu une trêve pour éviter une guerre commerciale après l’imposition de droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance de l’UE, dont la conséquence aurait été une taxation des importations d’automobiles allemandes, un secteur défendu par la chancelière. Mais cette trêve est fragile.

Le secrétaire d’Etat américain au Commerce Wilbur Ross, en déplacement à Bruxelles, s’est fait l’écho mercredi de l’irritation du président Trump à l’égard des Européens.

Ces derniers reprochent à Washington de ne pas vouloir ouvrir des discussions avec l’UE en vue de conclure un accord commercial sur les biens industriels, comme les deux parties s’y étaient engagées lors de la visite du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Washington en juin.

Les responsables de la Commission européenne se sont efforcés de décrisper la situation. « J’ai rencontré le président Trump en juin et nous sommes convenus de certaines choses qui seront faites », a assuré jeudi soir Jean-Claude Juncker avant l’ouverture du sommet UE-Asie.

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a pour sa part assuré que le sommet n’était pas organisé contre les Etats-Unis. « Nous avons notre ordre du jour. Il est très clair. Il soutient le multilatéralisme, à commencer par le système des Nations unies, l’action contre le changement climatique, le commerce – libre et équitable – la non-prolifération et les accords internationaux qui appuient l’architecture mondiale de la non-prolifération », a-t-elle insisté.

Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Zhang Jun a pour sa part souligné le consensus entre l’Europe et l’Asie sur « la nécessité de protéger les organisations commerciales qui respectent les normes et les lois internationales ».

La Chine pâtit du conflit commercial avec les Etats-Unis et sa croissance économique est tombée au plus bas depuis 9 ans.

L’administration Trump a imposé depuis juillet des droits de douane punitifs visant des marchandises chinoises d’une valeur de 250 milliards de dollars par an, entraînant des représailles de Pékin visant 110 milliards de dollars de biens américains. L’UE doit signer un accord commercial historique avec Singapour en marge du sommet de vendredi.