La cohérence / L’Europe, ça s’explique

L’annonce de l’interdiction du glyphosate a été hâtée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). L’OMS avait déclaré, en effet, qu’il pourrait être cancérigène. Dans une prise de position ultérieure, la même OMS s’exprime de façon plus nuancée en précisant que le glyphosate, appliqué raisonnablement, ne doit pas inquiéter.

Les réactions de l’opinion publique n’ont pas tardé à se manifester. Entre-temps, le débat sur le sort à réserver au désherbant total le plus répandu dans le monde n’a cessé de prendre de l’ampleur.

Le traitement politique de cette problématique, pourtant, est tout sauf évident, même si à première vue, le choix se réduit à deux solutions: le renouvellement de l’autorisation du glyphosate ou son interdiction. En pareille circonstance, il me paraît judicieux d’assortir la recherche d’une solution de critères et de conditions très stricts. En l’occurrence, le respect du principe de précaution doit primer sur toute autre considération. Ledit principe, dans son application, donne la priorité à la santé publique.

En clair, la mise en vente d’un produit qui nuit à la santé humaine n’est pas autorisée par l’autorité politique compétente, à savoir la Commission européenne.

L’approche américaine est très différente. Certes, les Etats-Unis, loin de négliger les aspects relevant de la santé publique, misent plutôt sur la dissuasion. Ainsi, un produit déjà en vente, jugé préjudiciable à la santé humaine peut-il, à l’issue d’une procédure judiciaire, frapper de sanctions financières très importantes le producteur.

Quant à l’UE, pour ce qui est de cette dernière, fidèle au principe de précaution, celle-ci intervient au moment de la procédure d’autorisation du produit en question.

Dans un cas, le produit nocif n’est pas ou plus autorisé sur le marché tandis que dans l’autre, la menace de sanctions très importantes dissuade le producteur de prendre de risques inconsidérés.

Quoi qu’il en soit, il va falloir s’accommoder à l’idée que l’interdiction du glyphosate dans la seule Union européenne ne réponde que de façon imparfaite aux exigences d’une politique de santé préventive. S’il est interdit de recourir à ce désherbant dans l’agriculture européenne, il n’en est pas de même pour les producteurs de soja américains ou brésiliens qui continuent allègrement de le pulvériser dans leurs campagnes et d’écouler leurs produits sur nos marchés.

Résultat des courses: le principe de précaution, appliqué de façon cohérente, devrait en toute logique bannir l’importation de denrées alimentaires originaires de pays qui tolèrent encore l’utilisation du glyphosate chez eux dès l’entrée en vigueur de l’interdiction de celui-ci dans l’Union européenne.

Charles Goerens