Clervaux redevient Cité de l’image

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Le photographe multigenre, à la fois admiré et contesté, occupe une place prépondérante dans l’histoire de la photographie. Digne hommage que lui rend sa terre natale avec la réouverture de «The Family of Man».

Presque trois ans que l’exposition permanente était fermée au public. Preuve que l’entreprise, menée par le Centre national de l’audiovisuel et le service des Sites et monuments nationaux, était colossale. Elle aura d’ailleurs coûté quelque 5 millions d’euros.

Les photographies ont bien entendu été restaurées. Devenues plus lisibles, elles continuent néanmoins à comporter des défauts, inhérents à l’âge des tirages originaux. Puisque de retirage il n’a jamais été question. Les œuvres sont celles qui furent exposées pour la première fois en 1955 au Museum of Modern Art de N
ew York et qui ont ensuite itinéré pendant des décennies de par le monde. Et c’est désormais son écrin luxembourgeois, le château de Clervaux, qui s’adapte à la collection, et non l’inverse comme précédemment. C’est d’ailleurs lui qui a subi le plus gros lifting. Technologique entre autres, avec une température et une hygrométrie adaptées à la double contrainte du papier et du bois, sur lequel sont collés les clichés, et constantes.

[cleeng_content id= »227890577″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]Le parcours, à travers des salles reconçues et augmentées, ce qui permet au public de découvrir une dizaine de photographies jusque-là remisées par manque de place, respecte l’ordre prédéfini par le concepteur Edward Steichen lui-même. La sobriété est de mise. Sols et couleurs des revêtements muraux ont été choisis pour pouvoir rehausser au mieux les photographies. La lumière – naturelle et artificielle – se fait subtile.

503 photographies

Aucun cartel ne figure au mur, pour respecter l’intemporalité et l’universalisme voulus par Steichen. Seuls les noms des – 273 – auteurs figurent à même les photographies (car, oui, même si la paternité de l’exposition revient à Steichen, aucun de ses clichés ne l’illustre; il en est «uniquement» le concepteur, le commissaire et le scénographe). Mais un guide audio et vidéo via tablette a été prévu pour ceux qui auraient soif de détails et d’explications.

Les autres se laisseront emporter par cette histoire de la vie, fragmentée en thèmes, approches cosmiques et sociétales, telles que la rencontre amoureuse, le mariage, la naissance, l’enfance, l’initiation, la vie adulte, le travail, la vieillesse, mais aussi l’agriculture versus l’industrialisation, les fêtes et loisirs, l’amitié, les rencontres, le vivre ensemble, les générations, le deuil, les souffrances, les rêves, les prières, la politique, la faim, les études…

Des îlots de repos jalonnent en retrait le parcours. Pour que l’on puisse reprendre son souffle face à ce monumentalisme. Car rien dans la scénographie ne tire vers la demi-mesure. Tout est ancré dans l’exubérance, le pathos et l’idéologie du travail et de la famille. D’où la nécessité de prendre du recul face à cette narration partiale de l’Histoire ou devant la scénographie atypique et parfois si contemporaine pour l’époque, comme ces photographies de formats variés qui se côtoient ou celles-ci qui se superposent ou celles-là qui, telles des installations, trônent au centre des pièces, suspendues comme des lustres, se propulsant, loin des cimaises, au-devant des visiteurs. Indéfinissable Steichen qui n’aura eu de cesse de naviguer entre grandeur, idéalisme et nostalgie d’une part et inventions, innovations et avant-garde d’autre part.

La réouverture de l’exposition inscrite au registre de la Mémoire du monde de l’Unesco depuis 2003 redonne à Clervaux son attrait touristique de Cité de l’image. Il serait dommage de s’arrêter là. Pourquoi ne pas pousser la promotion plus loin et associer Edward Steichen à tout le Grand-Duché via un parcours du Nord – Clervaux – au Sud – Dudelange – en passant par le Musée national d’histoire et d’art (MNHA)?
Florence Becanne
Week-end portes ouvertes «The Family of Man» au château de Clervaux les 6 et 7 juillet de 10.00 à 20.00h. Réservation obligatoire: www.wearefamily.lu ou tél.: 52.24.24.719.[/cleeng_content]