Si Clerc? /Julien Clerc inaugure, les Francofolies du Luxembourg essuient les plâtres

Annie Gaspard / Après l’essai, il faudra conclure en septembre 2019 pour la première édition d’un festival pas encore vraiment fou ni franco…

Si on chantait, la, la, la, la… et on n’attendait que ça à l’annonce d’une édition si mal nommée «Warm Up» d’un festival qui a pourtant reçu le blanc-seing des fameuses Francofolies initiées par Jean-Louis Foulquier (1985) pour résister à une invasion de l’anglais dans la chanson francophone et qui entrait donc dans la giron de ces Folies si Francos qui essaiment aux quatre coins du monde. L’annonce des premières Francofolies du Luxembourg en septembre 2019 est tombée comme un scoop cet été au pays de la «Bouneschlupp». Puis que le nouveau bébé soit porté officiellement sur les fonts baptismaux lors des 34e Francofolies rochelaises mi-juillet dernier a bien sûr fait des vagues sur les bords de l’Atlantique mais aussi sur les bords de l’Alzette avec un vent d’orgueil pour Esch/Alzette, la deuxième ville du pays, à qui l’on offre sur un plateau d’argent un fleuron inattendu à accrocher au revers de son plan décennal culturel et surtout dans la perspective d’Esch 2022 – Capitale européenne de la Culture. Appelée par les uns, pré-édition ou édition zéro, par les autres, édition test ou avant-première, cette «Warm Up Edition» vient donc, ce début septembre, d’essuyer les plâtres et de subir les inconvénients d’un plâtre si frais…

Les Terres d’Esch allaient-elles rougir de plaisir ou de pataugeage? Le bateau était-il prêt pour être mis à l’Alzette? Il faut dire que d’emblée les auspices étaient moins favorables depuis l’annulation de la soirée phare Shaka Ponk à la Rockhal «l’état de santé de Frah, le chanteur du groupe, ne lui permettant pas d’assurer les prochains spectacles». Patatras! Mais «the show must go on»… C’était tout de même le chanteur qui sait bien que le temps passe mais dit que ce n’est rien et cador de la chanson française, Julien Clerc, qui inaugurait cette édition-avant-la-première. Allez on y croit donc dur comme fer à ce tour de chauffe! Mais le matin même du concert (complet) au Théâtre d’Esch, Juju-l’Amour est aphone. Cependant, en pro de pro, il assurera. Médicalisation d’urgence de sa «crève» (dixit), exercices à distance avec sa prof de chant, et le voilà devant ses fans, le sourire bien gibbsé et les accentuations mises au bon endroit pour tenir sa voix. «C’est ce genre de soirée où si vous n’avez pas la technique, vous ne pouvez sauver le concert» avoue-t-il lors d’une mini-conférence de presse dans la foulée du concert, petit foulard de soie très classe autour du cou pour protéger la suite de la tournée de ses cinquante ans de carrière. Ouf! «On a évité le pire parce dans la journée il a été question d’annulation!» dit en tremblant encore le papa des Francofo-Lux, Jean-Serge Kuhn.

Mais le pire n’était-il pas finalement le manque total de visibilité des Francofolies du Luxembourg malgré le beau logo de l’oiseau prêt à l’envol? Depuis l’inauguration au Théâtre d’Esch, juste les drapeaux et calicots des quelques sponsors à l’entrée et Julien Arpetti, un des rares artistes luxembourgeois amoureux des textes français, programmé en première partie de soirée, à dire avec émotion «quand j’étais plus jeune Les Francofolies de la Rochelle étaient loin et j’en rêvais, et voici qu’aujourd’hui elles sont là au Luxembourg, merci!», jusqu’au samedi sur la Place de l’Hôtel de Ville un 16.00-22.00h …«Open Stage» (!) – calicot de la société organisatrice en plein milieu du bas de scène – avec un public très clairsemé malgré une météo idéale et le concert d’ouverture du très bel artiste français Didier Sustrac (le seul ce jour-là à chanter en français!), mais avec des vents concurrentiels contraires à Esch même (bouclage des rues pour la course culturelle Escher Kulturlaf!) et dans le pays (Schueberfouer, Funky Donkey,…). Même si le groupe montant luxembourgeois Seed To Tree clôturait, après le groupe allemand Southern Caravan Breath (aucun groupe belge!), cette édition test devant leurs fans mobilisés, il était tout de même inquiétant pour un franco-festival d’entendre de la bouche de son chanteur, Georges Goerens, que pour les jeunes artistes au Luxembourg c’était l’anglais, point barre! Julien Clerc a dit son étonnement à l’annonce des Francofolies du Luxembourg et tirait l’alarme «la francophonie a tendance à se rapetisser et une décision comme celle-là est forcément une bonne décision car sous Louis XIV la langue du monde c’était le français et ça ne l’est plus!». Espérons qu’il aura donné le «la» à cette aventure ambitieuse et difficile qui doit désormais trouver ses marques.