Le chant du cygne /Création de «End of the Rainbow» au TNL

Josée Zeimes / Par son éclat, le sommet de la carrière d’une star ressemble à un météore brillant qui, pourtant, lentement s’éteint, tel le parcours de la chanteuse et actrice Judy Garland.

Peter Quilter, un des auteurs dramatiques les plus connus du drame musical, met en lumière dans End of the Rainbow la fin du parcours de Judy Garland, la chanteuse célèbre et la femme très fragilisée. Ce fut un succès international, dont le titre se réfère à Over the Rainbow (2005), une chanson qui devint le cheval de bataille pendant toute la carrière de la vedette. Dans un élan, elle revient pour quelques semaines sur le devant de la scène, flanquée de son nouveau fiancé et manager, pour une série de concerts au cabaret restaurant Talk of the Town à Londres, en 1986.

C’est un séjour très mouvementé qui entremêle réalité et fiction: la chanteuse veut se relancer, retrouver sur scène ses fans et le succès, ce qui lui redonne de l’assurance. Judy Garland a réussi à diverses reprises des come-back mémorables qui l’ont reprojetée sur le devant de la scène. Mais son passé, marqué depuis l’âge de jeune fille par diverses dépendances (médicaments, drogues, alcool), des dépressions et des tentatives de suicide, des mariages ratés, la rattrape à chaque fois.

Elle se sent seule, abandonnée, elle panique et s’enfuit, loin de la scène où elle se sent exposée. «Au sommet, c’est la solitude et le froid» dit-elle.

Elle est aussi ballottée entre deux hommes que tout oppose: son nouveau fiancé, Mickey – Tim Olrik Stöneberg donne consistance à ce personnage qui veille d’abord avec fermeté sur elle puis la laisse faire – la considère comme une poupée à guider, puis à faire fonctionner et son fidèle pianiste, Anthony, toujours proche, compréhensif, qui lui offre une aide sincère – Daniel Grosse Boymann (qui assure aussi la direction musicale), dans un jeu tout en nuances, avec une simplicité désarmante.

La grande chanteuse est piégée par la femme fragile, marquée par son passé et par sa personnalité, une femme-enfant vulnérable, capricieuse et touchante. La chanteuse et comédienne Sascha Ley – habillée par Ulli Kremer qui a créé de belles toilettes de soirée – incarne une Judy Garland sensible, qui règne et voudrait disparaître, qui rit et pleure. Le défilé des émotions, avec ses joies et ses peurs, se lit dans ses gestes et sur son visage, parfois si tourmenté, dans une intense et belle performance.

C’est le côté femme vulnérable, qui lutte pour se trouver et pour ne pas être seulement la vedette que le public désire, que la metteure en scène Marion Poppenborg accentue et qui ressort dans le jeu de Sascha Ley. Une scène significative la montre en train de se prendre à plusieurs reprises les pieds dans le câble du micro, geste qui se réfère à la situation inextricable de Judy Garland. La scénographie de Christoph Rasche, où le rouge flamboyant domine, se situe dans la même lignée avec deux espaces scéniques juxtaposés, en bas l’espace show avec le piano, face au public, et à côté un podium surélevé, au tracé courbé et en pente, une allusion au parcours complexe de la protagoniste.

Une trouvaille de mise en scène est de refléter la souffrance et la lente descente de Judy Garland jusque dans le show musical, par le choix des chansons, parmi lesquelles Just in Time et à la fin l’emblématique Over the Rainbow mais chantée, dos au public, à voix basse, presque éteinte, symbole de la mort proche.

End of the Rainbow un spectacle musical et théâtral bien conçu, qui met en valeur la palette des talents des artistes.

Au sommet, c’est la solitude et le froid.