C’est parti!

JACQUES HILLION /La campagne présidentielle française a enfin commencé.

C’est du moins ce que l’on peut espérer après le débat télévisé qui a réuni les cinq principaux protagonistes, après aussi les frasques des affaires Le Pen et Fillon – lesquelles, pour ce dernier, se poursuivent allègrement – et après l’échec des deux primaires, l’une n’ayant pas prévu de plan B en cas de chute de son leader, l’autre ayant abandonné toute discipline de parti, ouvrant ainsi la porte à toutes les défections.

Ils sont donc cinq. Cinq candidats qui peuvent prétendre, avec plus ou moins de chances, participer au second tour. Inutile de s’appesantir sur leurs qualités de débatteurs, aucun n’a marqué de points décisifs, faute de «fracture sociale» à la Chirac en 1995 ou de «mon véritable adversaire, c’est le monde la finance» à la Hollande en 2012. Le «dégagisme» ambiant et les sondages se neutralisant, il faudra donc patienter jusqu’au 7 mai, 20.00h, pour connaître le prochain locataire de l’Elysée. En attendant, toutes les possibilités sont sur la table.

Marine Le Pen est égale à elle-même. Son nationalisme d’extrême droite tient son bouc émissaire: l’étranger. Qu’il faut donc bouter hors de France.

François Fillon, c’est le libéralisme économique à tout crin et un conservatisme catholique qui s’appuie sur la vieille bourgeoisie française.

Les casseroles qu’ils traînent tous les deux ne les condamnent pas. Même si Montesquieu a énoncé que la vertu était la condition de la popularité d’un gouvernement, ils restent toujours en course. La présence de Le Pen au second tour apparaît comme une évidence et celle de Fillon est loin d’être, malgré tout, une hérésie. Quant à Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, ils représentent la gauche traditionnelle. Ou plutôt des gauches, tant ces deux-là sont incapables de trouver un terrain d’entente permettant à l’un d’entre eux de jouer avec les autres candidats. Certes, cette gauche, c’est celle qui a des idées, des projets de société, mais c’est aussi celle qui n’a pas forcément les moyens de les mettre sur pied. Or, face à la crise que traverse la France, ses citoyens réclament avant tout de l’efficacité. D’où l’attrait des trublions, des candidats qui se définissent trop facilement «hors système».

Reste le cas Emmanuel Macron. Libéral au sens économique et philosophique du terme, il navigue entre gauche et droite. C’est sa force et sa faiblesse puisque son centrage implique un flou censé ne fâcher ni ses soutiens de droite, ni ses supporters de gauche. Sa grande victoire, depuis qu’il est entré en campagne, est d’être désigné comme le champion de la République. Le seul à être capable de sauver la démocratie face à Marine Le Pen. D’où l’appel au vote utile dès le premier tour.

Malgré le constat d’échec de cet appel – on a laissé les idées d’extrême droite devenir dicibles et audibles –, les électeurs français se retrouvent maintenant face à un mur, un choix qui n’en est pas un, puisqu’il est forcé.

Alors qu’un parfum des années 30 se rappelle à notre souvenir, le vote utile apparaît comme une évidence. Parfum qui ne peut non plus se défaire des relents amers des accords de Munich.

S’il ne gagne pas, le FN ne sortira probablement pas affaibli de cette élection. En revanche, la gauche et la droite traditionnelles devront se reconstituer… ce qui laisse présager une belle et intense campagne électorale pour mettre en place l’après-présidentielle.