Capharnaüm / Brexit doux ou Brexit dur

Jacques Hillion / Brexit doux ou Brexit dur, telle est la question qui agite ces derniers jours les Britanniques.

Si la Première ministre, Theresa May, essaye de maintenir le cap, les démissions successives de David Davis, ministre chargé du Brexit, et de Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, sonnent comme un avis de tempête… dans un verre d’eau.

Les tergiversations politiques provoquées par le Brexit montrent finalement que celui-ci n’était pas pensé et encore moins préparé. Boris Johnson démissionne car il n’a qu’une crainte: que le Royaume-Uni devienne une «colonie» de l’Union européenne.

L’accord trouvé entre conservateurs britanniques prévoit que Londres pourrait rester membre de l’union douanière européenne. Les grands patrons, outre-Manche, ne sont pas pour rien dans cette décision. Ils craignent par-dessus tout de voir leur marché «naturel» s’effondrer.

Il n’en reste pas moins que cette option est une façon de rester dans l’Union tout en étant dehors. Ce qui explique en partie les démissions de Boris Jonhson et de David Davis et la situation ubuesque que les «leavers» ont créée.

Ce micmac ressemble fort à une Europe à la carte. Cette Europe-là existe. C’est celle de l’Espace économique européen (EEE) qui associe UE, Norvège, Islande et Liechtenstein et assure entre ces pays la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes, soit les quatre libertés du Marché unique. Quant à la Suisse, si elle ne fait pas partie de l’EEE, son partenariat avec l’Europe lui laisse accès à son marché.

Il va sans dire que ces liens étroits entre l’UE et certains pays sont le cauchemar des «brexiters» les plus déterminés. Et à ce titre, les concessions apparentes de Theresa May ne peuvent que semer la zizanie dans son propre camp.

Bien sûr, les partisans d’une sortie totale, les défenseurs du «no deal», louchent fortement vers Donald Trump. Lequel enferme non seulement les Etats-Unis dans un protectionnisme fort, mais joue au chat et à la souris avec Londres en laissant entendre qu’il pourrait faire de la France son partenaire privilégié. Comme quoi, se libérer de Bruxelles pour se rapprocher de Washington n’est pas une évidence.

En revanche, s’il en est une d’évidence, c’est que les Britanniques ne sont pas sortis de l’auberge dans laquelle ils se sont engouffrés sans savoir ce qu’il y aurait au menu.

Il n’est donc pas étonnant qu’ils soient de plus en plus nombreux à regretter ce Brexit