Cancoillotte et Weltallbergbau

OLIVIER TASCH /Au Luxembourg, qui dit identité, dit langue(s). Dans un exercice de communication dont eux seuls ont le secret, les libéraux ont décidé de présenter leur programme électoral en cinq salves et ont démarré les hostilités avec un volet «identité et culture». Avec leur slogan «l’avenir en luxembourgeois», on peut se demander s’ils n’en font pas un peu trop… Certes il est vrai que pour la majorité des électeurs, le gouvernement Bettel a frôlé le crime de lèse-majesté avec son référendum de 2015 ouvrant la perspective du vote des étrangers aux élections nationales. On ne peut se défaire de l’impression que les libéraux veulent se racheter en promettant un avenir dans la langue de Dicks et non dans un «wischiwaschi-multikulti» qui ne fera pas recette dans les urnes.

De là à penser que les libéraux vont pêcher dans les eaux troubles des souverainistes de l’ADR, il n’y a qu’un pas. Toujours est-il que le ministre de l’Education, Claude Meisch aime à rappeler qu’aucun gouvernement n’avait autant œuvré en faveur de la langue luxembourgeoise.

Evidemment, pour ne pas paraître trop crispé – et irréaliste – sur la question, il souligne l’importance du multilinguisme. Mais le message principal qui doit passer auprès de l’électeur c’est que la langue luxembourgeoise demeure entre de bonnes mains. Au-delà de la langue, l’identité du pays se situerait, selon le DP, entre tradition et innovation, entre le «Kachkéis et le spacemining», dixit Meisch. Ou bien est-ce entre «la cancoillotte et le Weltallbergbau»? A vous donner le tournis!

Car n’oublions pas que la langue allemande, si elle n’est pas considérée comme «langue d’intégration», demeure un must absolu pour qui veut s’intéresser aux programmes électoraux. Pour l’instant, les programmes du DP et des Verts sont en effet exclusivement en allemand. Les bribes connues de celui du CSV également. Les socialistes ont osé des titres en luxembourgeois, mais le contenu reste en allemand. La Gauche propose une version bilingue français/allemand. On notera au passage qu’elle y propose une alphabétisation en luxembourgeois. On attend avec impatience la mouture de l’ADR… Enfin, le Parti pirate a un projet 100% «op lëtzebuergesch». Mais on peut déjà affirmer que son résultat sera inversement proportionnel au niveau d’utilisation du luxembourgeois dans son programme. Comme quoi…

Au Luxembourg, il semble y avoir une constante: l’instrumentalisation politique des langues. Exemple: au XIX e siècle, la langue française jouait clairement un rôle d’exclusion sociale. Incompréhensible pour une large majorité de la population, elle servait de frein à la démocratisation politique. D’aucuns semblent néanmoins oublier que nous sommes au XXI e siècle…