Dans le camp de Jenin / Témoignage

Mostahm Salameh, coordinatrice du projet / Les incursions nocturnes, les tirs et les arrestations de personnes, y compris de plus en plus fréquemment de jeunes ou d’enfants, font partie du quotidien de la vie dans le camp de réfugiés de Jenin. Cependant, depuis près d’un an, les jeunes à partir de 14 ans sont devenus la cible privilégiée des soldats de l’occupation israélienne.

Le scénario est devenu régulier. Il est bien connu. Les soldats bombardent la porte d’entrée de l’habitation, pénètrent sans avertir et commencent leur travail de dévastation violente sous les yeux des enfants de la famille apeurée. De manière régulière, après avoir dévasté la maison, les soldats arrêtent les jeunes à partir de 14 ans qui s’y trouvent; la mère et le père (quand il y en a un) font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher les soldats, mais sans succès; ils n’y gagnent que des coups et des bousculades supplémentaires. Les soldats quittent la maison en laissant derrière eux une totale dévastation du contenu de la maison, mais surtout un désarroi profond et l’angoisse de la famille pour le jeune emmené.

Au-delà de la terreur que l’occupation israélienne sème ainsi au cœur même des maisons, il y a aussi la violence quotidienne subie dans la rue. Au cours de cette année 2017, le camp de Jenin a ainsi vu plusieurs de ses jeunes tués de sang-froid par les soldats israéliens alors que la majorité d’entre eux ne faisaient que passer dans la rue, revenir de l’école, jouer au foot…

Voilà les conditions quotidiennes dans lesquelles nos jeunes vivent depuis des mois. Et c’est aussi dans ces conditions que Not To Forget met en œuvre au quotidien son projet fondamental de soutien psychologique. Après six ans de travail assidu et acharné, les conditions de vie dans le camp se sont aggravées et deviennent sans cesse plus violentes et sanglantes. Le changement profond par rapport à 2010 se situe au niveau de la cible des soldats de l’occupation. Auparavant, les soldats arrêtaient et tiraient sur les personnes accusées d’avoir accompli des actes hostiles contre Israël, jeunes, ou adultes; actuellement, surtout depuis «l’intifada des couteaux» (août 2016), ils visent à détruire la jeunesse palestinienne avant même qu’elle ne fleurisse (voir le nombre et les conditions de détention des enfants dans les prisons israéliennes, encore recensés récemment dans divers rapports officiels internationaux). L’objectif est d’éradiquer la notion même de résistance dans les cœurs des enfants, quelle qu’en soit sa forme. Les arrestations d’enfants et de jeunes représentent aussi un moyen pour les Israéliens de recruter des jeunes pour leurs services de renseignement à l’encontre de la population palestinienne, y compris à l’encontre des propres familles des enfants arrêtés. Ce phénomène s’insinue aussi dans la société palestinienne, car souvent les jeunes «recrutés» en entraînent d’autres avec elles, en échange de drogues, d’argent, de permis de travail en Israël…

C’est ainsi que ces stratégies israéliennes visent et arrivent jusqu’à un certain point à démembrer les fondements mêmes de la société palestinienne. Ce que certains appellent depuis quelque temps le «sociocide» de la Palestine.

Not To Forget, ses éducatrices et ses bénévoles doivent faire face à ces nouvelles dimensions de la violence. Avec courage et détermination, ils suivent de près et soutiennent les familles touchées. Ils réalisent en outre un important travail d’information, de témoignage, mais aussi de prévention. Les mots sont bien insuffisants pour décrire les visages apeurés des enfants et l’angoisse de leur maman lors des incursions nocturnes accompagnées des bruits assourdissants des tirs de fusils et des alarmes des ambulances.

Mais cette brève description des évolutions récentes montre à nouveau combien adapté et indispensable est le projet de soutien psychologique développé depuis six ans maintenant et en passe d’être renouvelé pour trois ans par notre association en coopération avec le Comité pour une paix juste au Proche-Orient et le ministère luxembourgeois des Affaires étrangères, autant pour les adultes que pour les enfants du camp de réfugiés de Jenin, au nord de la Cisjordanie.