Calembredaines /Divorce européen

Jacques Hillion / Tous l’ont souligné, il n’y a pas lieu de se réjouir du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne entériné par les Vingt-Sept dimanche à Bruxelles. C’est la fin d’une histoire de quarante-six ans qui a été provoquée par ce qu’il faut bien appeler des calembredaines. Celle d’un Premier ministre qui, pour des raisons de politique intérieure, a mis sur la table la proposition d’un référendum sur le Brexit. Et surtout celle de mensonges incessants qui ont alimenté, de longues années durant, le clan des brexiters. Ces derniers, pour une partie d’entre eux au moins, s’en mordent les doigts au fur et à mesure qu’ils découvrent que ce lien étroit, mis en place en un petit demi-siècle, est difficile et dangereux à détricoter tant les économies et les sociétés européennes sont interdépendantes.

Bien sûr, le divorce n’est pas encore acté. Il appartient au Parlement britannique de donner l’aval à cet accord de sortie ou d’opter pour un Brexit «dur» avec tous les scénarios de crise que cette décision pourrait induire.

De nombreux commentaires mettent en avant l’union des Vingt-Sept, voire leur fermeté. Cette dernière se retrouve ainsi récompensée. Cette cohésion, somme toute inhabituelle, ne doit cependant pas laisser la place à un optimisme béat.

Début de la fin ou nouveau commencement, le choix appartient finalement aux Européens, qui seront appelés aux urnes au mois de mai prochain.

Toujours est-il que les lignes conductrices de la campagne se mettent en place. Le président français a ainsi expliqué que le Brexit devait inciter à se pencher sur une refondation de l’Europe. Une refondation qui paraît inévitable pour que l’Union puisse agir afin de lutter contre cette Europe des nations qui se dessine, de l’Italie à la Hongrie, sapant les valeurs européennes. L’enjeu est de taille. Il s’appuie notamment sur la capacité des partis traditionnels à s’affranchir des populismes qui taraudent l’Europe. Il y a là, en tout cas, une opportunité à saisir.

Le Royaume-Uni, parmi d’autres Etats membres, s’est toujours présenté comme le chantre d’une Europe libérale en opposition à l’Europe sociale qui reste, elle, en souffrance. Mais, cette dernière reste la seule sur laquelle les partis peuvent s’appuyer pour (re)gagner la confiance des électeurs en s’attaquant aux inégalités.