Cacophonie / Des lobbys triomphants

Olivier Tasch / Une fois de plus, les instances européennes tendent le bâton pour se faire battre. Et alimentent les moulins de ceux qui pensent que la souveraineté des Etats est souvent abandonnée aux forces économiques. Dans le combat politique qui se joue à Bruxelles depuis quelques mois autour du glyphosate, – un herbicide –, c’est malheureusement le visage le moins séduisant de l’Union qui se dévoile. En prolongeant pour cinq ans l’autorisation de mise sur le marché du désherbant, l’UE fait passer au second plan la protection des consommateurs. Ce sont, avant tout, les intérêts de l’industrie chimique – de l’entreprise américaine Monsanto en particulier – et d’une agriculture intensive et industrielle qui sortent victorieux.

Rappelons au passage que le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé, a classé l’herbicide comme «cancérigène probable» pour l’homme et «cancérigène» pour l’animal. Ne fût-ce qu’en raison du principe de précaution, les Etats européens auraient dû dire stop. Les dix-huit pays qui ont voté pour le sauvetage du glyphosate sont sans doute des victimes consentantes de l’intense travail de lobbying des géants de la chimie.

Parmi ces pays, c’est l’Allemagne qui a fait basculer le vote alors qu’elle plaidait d’abord en faveur de l’abstention. Dans ce contexte, il n’est sans doute pas inutile de rappeler l’imminent rachat de Monsanto – qui affiche un chiffre d’affaires flirtant avec les 13 milliards d’euros – par le chimiste allemand Bayer. Lequel débourserait quelque 66 milliards d’euros.

Pour se faire une idée de ce que représente cette somme astronomique, on rappellera que les dépenses prévues par l’Etat luxembourgeois en 2018 s’élèvent à un peu plus de 18 milliards d’euros.

Les deux entreprises ont d’ailleurs rapidement fait savoir tout le mal qu’elles pensaient de l’accord puisque, selon elles, le glyphosate est inoffensif. Pour Monsanto, comble du cynisme, la décision de l’UE marque le «triomphe de la politique sur la science».

Perdant aussi, le «moteur franco-allemand» grippé avec, d’un côté, le sémillant Macron qui défendait une interdiction à trois ans et, de l’autre, une chancelière embourbée dans un résultat électoral qui crée une fébrilité, voire une instabilité, politique. Sur laquelle, visiblement, les lobbys ont su allègrement surfer.

Autre détail piquant, la Grande-Bretagne, qui s’apprête à quitter le navire de l’Union en 2019, a, elle aussi, joué un rôle clé pour garantir l’arrosage des sols européens de Roundup jusqu’en 2022…