Claude Frisoni / C’est donc la semaine où se déroulait à Dakar le sommet de la francophonie, qu’a choisie l’honorable député Kartheiser, pour affirmer que le Luxembourg est un pays unilingue. «Il n’y a qu’une seule langue au Luxembourg», a-t-il déclaré sans rire à la tribune de la Chambre. Inutile de lui faire observer que si on se référait à une telle assertion, il faudrait bien admettre que le Grand-Duché n’a pas de Constitution, pas de code civil, pas de lois et que Le Jeudi n’existe pas! Les serments prêtés par les policiers, les soldats ou même le Grand-Duc en personne n’ont aucune valeur et on se demande bien ce que le ministre des Affaires étrangères est allé faire au Sénégal. Pas du vélo quand même… Le Sénégal, lui n’a pas une seule langue mais… sept! En effet, l’article premier de la Constitution du 7 janvier 2001 énonce: «La langue officielle de la République du Sénégal est le français. Les langues nationales sont le diola, le malinké, le pular, le sérère, le soninké et le wolof…»
Même si le français a été la langue de l’ancien colonisateur de triste mémoire, elle garde une place importante, pour les échanges internationaux et la compréhension mutuelle entre les locuteurs utilisant le diola, le pular ou le wolof… Notre vaillant ministre-cycliste aura pu croiser, durant son séjour, des habitants du Sénégal wolofophones aussi bien que pularophones. Malgré ses immenses qualités linguistiques, notre Jean national est assez limité en wolof ou en pular, c’est donc en français qu’il a pu communiquer avec ses hôtes. Venant d’un pays unilingue, dont la seule langue serait le luxembourgeois, il aurait eu quelques problèmes.
Mais l’honorable Monsieur Kartheiser ajoute que les commerçants francophones, se montrent «impolis envers les Luxembourgeois». Vous savez, c’est l’éternelle histoire du méchant serveur francophone à qui un client, demande «ee Croissant» et qui lui sert «un croissant». L’histoire circule depuis des années. Est-elle vraie? Peut-être, mais des Luxembourgeois serveurs dans un magasin, fût-ce une boulangerie, on en cherche plus qu’on en trouve… Et puis, le choix de la boulangerie, c’est pratique pour laisser entendre que le client était venu bouffer le pain des indigènes. A cette histoire s’en est ajoutée une autre, c’est celle des patients ne pouvant être soignés correctement car le personnel hospitalier serait incapable de les comprendre… La seule question qui devrait compter, c’est: ce personnel est-il capable de bien les soigner, voire de les guérir? Mais passons, la situation serait dramatique! Sauf que… Un ami médecin en hôpital, parfaitement multilingue, m’a appris que ce type de reproches n’est fait qu’au personnel francophone. Exerçant à Ettelbruck, il n’a jamais entendu personne faire de reproches aux infirmières venant d’Allemagne et ne parlant qu’allemand… De même que je connais des Russes vivant au Luxembourg depuis vingt ans, ne maîtrisant pas plus le luxembourgeois que le français, qui ne sont jamais visés par les plaintes et attaques des disciples de l’honorable Monsieur Kartheiser.
Pourquoi donc, ces velléités de guerre linguistique dans un pays justement riche de son plurilinguisme ne visent-elles que les francophones? Comment et pourquoi est-on passé de la francophonie à la francophobie? Du n au b, puis du b à la haine? Au point que certains révisionnistes racontent aujourd’hui que le français a été imposé de force par les envahisseurs sans-culottes en 1795? Ce qui est historiquement complètement faux! L’enseignement obligatoire du français à l’école primaire ayant été décidé quelques années après l’indépendance, par les autorités du jeune Etat. D’où est venu ce sentiment hostile au français, à la France et aux Français? Sentiment qui n’est certes pas encore dominant mais qui tient le haut du trottoir sur les réseaux sociaux ou les forums… Est-ce dû, comme on peut l’entendre, à l’arrogance de nombreux ressortissants de l’Hexagone? Défaut agaçant et dont il faut bien reconnaître qu’il est largement répandu. Ou bien est-ce dû aux attaques de la presse française contre le Luxembourg? Attaques souvent malhonnêtes et malveillantes. Mais enfin, la presse d’outre-Moselle n’est pas toujours tendre non plus.
Ou bien le problème serait-il, en fait, purement linguistique? La baisse de niveau en français, complexant ceux qui en sont victimes et leur faisant considérer cette langue comme un calvaire? Alors, le mieux serait d’en améliorer l’enseignement et d’en renforcer la place. Car enfin, à chaque fois qu’un honorable député s’en prend au français, il tire une balle dans le pied de son propre pays. Le Monsieur Kartheiser, se souvient-il qu’il se prénomme Jean? Que Juncker se prénomme Jean-Claude, Schneider Etienne, le Grand-Duc Henri? Et que si Jean peut donner Jang ou Henri Heng, je vois mal quel est le diminutif «luxembourgeoisé» de Jean-Claude. Pourquoi diable des prénoms français dans un pays qui n’aurait qu’une seule langue? Sinon parce que le français, l’allemand et le luxembourgeois, chacun dans leur rôle, sont constitutifs de l’ADN luxembourgeois?
Le ministre Braz a donné une réponse pleine de sagesse: «La plus grosse erreur que nous pourrions faire serait d’imposer le luxembourgeois. Cela scinderait la société entre ceux qui parlent et ceux qui ne parlent pas cette langue. Le luxembourgeois n’a pas besoin d’être défendu par des décisions politiques.» D’autant que si les Français parlent mal le luxembourgeois, ils parlent aussi souvent très mal le français. Ça compense…





L’histoire du croissant m’est arrivée personnellement il y a environ 15 ans dans un magasin de boulangerie « Fischer » (un nom francophone, n’est-ce pas) dans l’ancienne galerie Konz (récemment démolie) à Luxembourg-Gare, à droite de l’entrée de la galerie. Et oui, elle est fameuse cette histoire, justement qu’elle est vraie et qu’il y a eu d’autres qui on dû faire la même expérience.
D’ailleurs, je ne mes sens pas fier si le Luxembourg participe à un sommet de la francophonie, voire les jeux de la francophonie et autres. Je ne me sens pas mal non plus, mais je sens rien de particulier cependant, aux jeux olympiques je suis les sportifs luxembourgeois!
cher monsieur frisoni
je HAIS l’extrémisme de toutes sortes ! que ce soit « uniquement en luxembourgeois » ou « en français s.v.p. »..
par contre , ce que je digère encore plus mal, ce sont des gens qui planent dans des sphères tellement élevées, qu’ils ne savent même plus ce que « pieds sur terre » veut dire – et surtout, qui croient planer au-dessus des autres gens. je ne sais pas, si vous connaissez les dialectes sénégalais de par votre érudition, ou si vous les avez recherchés dans le larousse, mais je suppose que les sénégalais parlent forcément le français dans leurs assemblées politique (ou autres), parce que , sinon, ils ne se comprendraient pas les uns les autres..ce qui n’est pas le cas (du moins, pas encore !) au grand-duché.
je suis absolument d’accord, que les français ne viennent pas manger le pain des luxembourgeois (merci fernand rainaud), mais je peux vous dire que, déjà il y a 50 ans, mon père, lors d’une excursion de famille dans l’ösling, avait piqué une colère folle, parce qu’il avait commandé un « humpen » dans un petit café de village, et que la serveuse l’a regardé comme s’il était d’une autre étoile, en lui disant: « …un quoi !? »
il faut croire, que ça ne s’est point amélioré, depuis le temps. vous-même, je ne sais pas, si vous pratiquez le pular, ou le wolof, ou le boulou-boulou, mais, depuis le temps que vous déblattérez dans et sur notre pays, parlez-vous seulement tant soit peu le luxo, comme la grande nation se plaît à le nommer ? notre ministre des affaires extérieur peut ne pas être parfait dans toutes les langues qu’il parle, ou qu’il est forcément obligé de parler, mais lui au moins, ne regarde pas de haut et avec dédain les autre gens, peut-être moins instruits. de toute façon, instruction ne veut pas forcément dire intelligence, et surtout pas savoir-vivre !
pour ce qui est des hopitaux, je vous signale quand-même (et vous le savez surement) que le luxembourgeois est un dialecte mosello-francique, donc avec infinement plus d’affinités avec la langue allemande, qu’avec les langues latines ! il est donc logique qu’un luxembourgeois sache mieux suivre les éventuelles élucubrations techniques d’un médecin, ou même d’une infirmière qui parle allemand, que si il/elle parle en français ! c’est bien pour cette même raison, que les frontaliers allemands ont moins de problèmes liguistiques, que les francophones, qui viennent manger le pain des luxembourgeois parfois depuis des décennies, sans pouvoir – ou vouloir – même essayer de parler la langue du pays.
mon professeur de latin me disait toujours, que le français est « la langue des anges », parce qu’il était autant francophile que moi (je parle de la langue ! ) et il avait raison ! mais ça n’est pas une raison pour pour se foutre de la gueule des gens, qui sont moins versés linguistiquement. il n’y a qu’à suivre un peu ,sur les forums fessbouc-iens ou autres, les commentaires en français , émanants de ressortissants de la grande nation , pour qui, p.ex. l’accord du participe et l’infinitif sont kif-kif bourricot , j’en passe, et des meilleures..évidemment, me direz-vous, ceux qui « trainent » sur fessebouc, ne sont , en général, pas l’élite intellectuelle du pays…mais l’homme moyen, qui vit au luxembourg, lui non plus, ne fait pas partie de votre élite , alors je vous prierai, vous qui semblez avoir un accès privilégié aux médias, de mesurer un peu la portée de vos paroles.
merci d’avance
les français aussi parlent 3 langues mais elles sont toutes en français 🙁