Ça va mieux en le disant

Il ne fait aucun doute que ce mois d’août n’aura pas été un mois doux. Heureusement, on en voit le bout. Au bout d’août, vient septembre. Dont on comprend d’emblée qu’il a la même racine que sept. Alors qu’octobre vient de huit, comme octogonal, novembre de neuf, comme novennal, et décembre de dix, comme décennie ou décimètre. Septembre, sept, octobre, huit, novembre, neuf, et décembre, dix. Alors pourquoi septembre porte-t-il le dossard numéro neuf, octobre le dix, novembre le onze et décembre le douze? Pourquoi, se demande légitimement l’humanité, assoiffée de savoir et de connaissances, pourquoi le sept(embre) est-il le neuf? Eh bien, une fois de plus, la mission civilisatrice du Jeudi va apporter la réponse à cette angoissante question.

Tout cela remonte aux Romains. Le calendrier romuléen comptait dix mois ayant soit 30 jours (mois incomplet) soit 31 (mois plein), ce qui donnait une année de 304 jours (soit 38 fois 8 jours) commençant au mois de mars et se terminant au mois de décembre. Septembre était donc bien le septième mois de l’année. Jusqu’à ce que César décide de réformer ce calendrier et de le remplacer par le calendrier julien, car César se prénommait Jules pour les intimes.

Alors que les politiques d’aujourd’hui n’ont que le mot réforme à la bouche, Jules faisait des réformes à la louche. Celle du calendrier n’est pas la moins novatrice. César était si novateur qu’on l’appelait César moderne ou César contemporain. Plus rarement César bi. Car s’il était bi, nul ne se serait risqué à le dire zarbi. C’est donc grâce à l’auteur de la célèbre phrase «je suis venu, j’ai vu les revenus, je n’en suis pas revenu» que le calendrier a douze mois et que l’année commence le 1er janvier. Ce qui est à la fois logique et pratique. En effet, une année est le temps que met la Terre à parcourir totalement son orbite autour du Soleil. Or, quand démarre-t-elle ce long voyage, à trente kilomètres par seconde? Le 1er janvier évidemment, jour des bonnes résolutions. César a donc remis les pendules à l’heure.

De nos jours, ses successeurs n’oseraient jamais s’attaquer à des réformes aussi audacieuses. Pas plus au calendrier qu’à la mesure du temps. Or, chacun sait que le système décimal, appliqué entre autres au système métrique, est le plus pratique.

La meilleure preuve en est que les Américains sont la risée du monde entier avec leurs inches, miles, gallons, yards ou degrés Fahrenheit. Il n’y a guère que pour le pognon, on se demande bien pourquoi, qu’ils ont adopté le système décimal. Un dollar valant cent cents et un billion mille millions. Mais chez eux comme chez nous, une année fait douze mois qui font quatre semaines qui font sept jours qui font vingt-quatre heures qui font soixante minutes qui font soixante secondes. C’est, disons-le tout net, n’importe quoi. Alors qu’à Bruxelles des types sont payés pour décider de l’âge à partir duquel on devient vieux, aucun responsable digne de ce nom n’ose proposer une réforme en profondeur de ce système archaïque en le faisant progresser vers le décimal. Une année ferait dix mois qui feraient dix semaines qui feraient dix jours qui feraient dix heures qui feraient dix minutes qui feraient cent secondes.

Première conséquence, une année qui compte aujourd’hui 31.536.000 secondes n’en ferait plus que 10 millions. Soit en gros trois fois moins. Soixante ans de l’actuel système deviendraient vingt ans du nouveau.

On serait jeune durant toute la vie et on ne commencerait à bosser que pour partir à la retraite. Que les génies qui nous gouvernent entreprennent cette réforme ou bien c’est nous qui allons les réformer, en les déclarant inaptes au service!

Claude Frisoni