Ça va mieux en le disant

Derrière des apparences un peu bourrues, Donald Trump est en réalité un joyeux drille. Préférant les 140 caractères de Twitter à un long discours plein de mots et de phrases ennuyeuses, il livre régulièrement au monde la quintessence de sa pensée profonde. Il le fait avec une légèreté, un esprit, une faconde que lui aurait enviés Woody Allen lui-même.

Dernièrement, après qu’un nazi avait écrasé des pauvres gens désarmés, en blessant une douzaine et tuant une jeune femme, il a su trouver le ton juste en condamnant «tous les actes de violence, de tous les côtés». C’est-à-dire aussi bien du côté du chauffard assassin que de celui du piéton écrabouillé.

Mesure-t-on la dose d’humour d’une telle citation? Dans le genre, seul OSS 117 a déjà fait mieux, en demandant à la fin du film Rio ne répond plus, «Pourquoi ne pas espérer un jour une réconciliation entre juifs et nazis?». En effet, à Charlottesville, la violence venait des deux côtés. D’abord du côté des antinazis, vilipendant des manifestants venus défendre une œuvre d’art. Cette magnifique statue d’un général sudiste favorable à l’esclavage. Certains de ces militants antifascistes s’en sont pris violemment aux manifestants nazis en donnant de grands coups de tête dans leurs matraques, des coups de nez dans leurs poings ou encore ils ont tenté d’abîmer leurs voitures en se jetant sous leurs roues.

Ces gens-là ne respectent rien, ni l’art sculptural, ni l’esclavage, ni les belles voitures, ni donc l’Amérique. Quant aux manifestants nazis, électeurs de Trump, symboles d’une Amérique blanche fan de Fox News et de rodéos, amoureuse de Chuck Norris et de Bruce Willis, ils n’ont fait que répliquer à ces agressions d’une bande de gauchistes débraillés. Trump a renvoyé tout le monde dos à dos.

Il n’a pas souhaité interdire le territoire des USA aux terroristes blancs d’extrême droite. Car ces suprémacistes arborant des croix gammées n’étaient pas tous des Native Americans. On a repéré dans leur cortège des militants défilant derrière le logo des «identitaires» européens.

Ces vaillants défenseurs de la culture chrétienne qui veulent «préserver la civilisation contre l’invasion migratoire».

Les pays européens n’étant pas frappés par les mesures de Trump interdisant l’accès aux Etats-Unis, leurs ressortissants ont tout loisir d’aller prêter main-forte à leurs potes nazis outre-Atlantique. Car il existe une sorte d’Internationale des nationalistes.

Les neuneus français qui sont allés faire le salut hitlérien à Charlottesville ne parlent sans doute pas un mot d’anglais, ils n’ont pas la moindre idée de qui était le Général Lee mais ils sont des admirateurs de Trump et puis ils se sont dit que Charlottesville était un lieu idéal pour une réunion de charlots. En fait, ils n’ont fait que rendre la politesse à Trump, présent en France le 14 juillet. Mais qu’est-ce que ce débile profond qui se rêve dictateur faisait à la célébration d’une révolution populaire? Pardon? C’était le centième anniversaire de la participation des Etats-Unis à la Première Guerre mondiale? So what? Quel rapport entre le 14 juillet et la Première Guerre mondiale?

Le 14, qu’on retrouve dans 14-18? On aurait donc pu le faire venir le 18 brumaire? Pour un fou, se prendre pour Napoléon, c’est un fondamental. Sans compter que le 18 brumaire est dans le calendrier grégorien le 9 novembre. Deux jours avant le 11 novembre. Date bien mieux adaptée à la commémoration de la Première Guerre mondiale. Et là, Trump aurait pu, légitimement, condamner les actes de violence de cette boucherie, de tous les côtés.

Claude Frisoni