Ça va mieux en le disant

Selon plusieurs études relayées par la revue Intelligence (à laquelle, dois-je le préciser, je ne suis pas abonné), le quotient intellectuel recule nettement dans les pays industrialisés. La moyenne française aurait baissé de 4 points en dix ans. Que les autres pays ne se réjouissent pas trop vite, en 2013, une étude montrait que les Britanniques avaient perdu près de 14 points de QI depuis la seconde révolution industrielle. Pourtant, à l’époque, une majorité d’entre eux n’avaient pas encore voté pour le Brexit.

Ces chiffres inquiétants concernent surtout les pays d’Europe. En Asie, les choses semblent moins graves. Quelles peuvent être les causes de cette désolante régression?

Si l’on en croit les spécialistes, les perturbateurs endocriniens auraient un effet négatif sur l’action de l’iode, substance très importante dans le développement du cerveau. On sait que dans certaines vallées montagneuses très encaissées, le déficit en iode provoquait dans le passé un syndrome qui faisait appeler ceux qui en étaient affectés des «crétins des Alpes». Cette maladie n’était observée que dans des régions difficilement accessibles et ne caractérisait évidemment pas l’ensemble des habitants des pays alpins, ce qui a conduit Woody Allen à affirmer: «On trouve des traces d’intelligence partout, même dans certains cantons suisses.»

Une autre cause de l’abêtissement des populations serait la consommation excessive de télévision, car «la télévision laisse le cerveau dans un état de passivité qui ne lui est pas favorable». Ça, j’ai du mal à le croire. Autant les perturbateurs endocriniens me semblent suspects, ces cochonneries étant «des xénobiotiques à propriétés hormono-mimétiques causant des anomalies physiologiques, notamment reproductives», autrement dit, pour éclairer le profane, de belles saloperies, autant la télévision reste la plus belle conquête de l’homme. Surtout les chaînes de la TNT. Aucune trace de xénobiotiques dans leurs délicieux programmes, aucun danger d’anomalies physiologiques, notamment reproductives. Bien au contraire, les chaînes de la TNT contribuent à la hausse de la natalité, en incitant les téléspectateurs à éteindre leur télé et à reprendre une activité utile, notamment reproductive. Mais comment expliquer que l’abrutissement généralisé touche moins les populations asiatiques? Qui ne sont pas privées de programmes débiles, que je sache? Seraient-elles épargnées par les perturbateurs endocriniens? De quel droit, je vous prie? Parce qu’elles n’ont pas, à Bruxelles, des larbins prêts à se coucher devant le premier lobbyiste venu? Mais elles en ont d’autres, à la colonne vertébrale tout aussi flexible.

Ma thèse est que les Asiatiques subissent la même dégringolade, mais qu’ils sont partis de beaucoup plus haut. Ils ont de la marge. Pour ma part, j’ai utilisé les trois points de QI qui me restaient (je suis parti de très bas) pour étudier ces études alarmantes. Et j’ai constaté qu’elles étaient basées sur les tests psychométriques des jeunes conscrits. Or, sur notre vieux continent, le service militaire obligatoire n’existe plus que dans certains pays scandinaves, en Suisse, en Autriche et en Grèce. Et il n’est obligatoire que pour les hommes. Inutile de paniquer, donc. En Suisse et en Autriche, les vallées profondes et encaissées biaisent les statistiques. En Grèce, la situation économique force les braves gens à manger des tartines de perturbateurs endocriniens. Dans les pays scandinaves, les nuits interminables contraignent à consommer des programmes de la TNT. Et partout, partout, la testostérone a toujours nui au QI des hommes. Le mieux est donc de ne pas se faire de souci et de se souvenir de la maxime d’Anatole France: «La bêtise, c’est l’aptitude au bonheur.»

Claude Frisoni