Ça va mieux en le disant

C’est en découvrant le message d’un biscuit chinois, juste après avoir fini de boire le rince-doigts, que Trump a eu une sorte de révélation. Le texte imprimé sur le papier emballant le biscuit disait «Connais toi toi-même. Socrate». La signature le laissa perplexe. Socrate? Qu’est-ce que ça peut bien signifier? A moins que ce ne soit so crate? «So crate?» se demanda-t-il en lui même, pourquoi so crate ? Il décida alors d’ignorer l’auteur de la maxime et se concentra sur ces quelques mots «connais-toi toi-même».

Depuis des millénaires, l’homme est confronté à cette terrible interrogation: «qui suis-je?» Les femmes se le demandent évidemment aussi mais ajoutent des questions subsidiaires comme «où sont mes lunettes, mes clefs ou mon téléphone»? La philosophie aide à répondre à cette angoissante question et dans son infinie sagesse, Pierre Dac expliquait: «A l’éternelle triple question toujours restée sans réponse: Qui sommes-nous? D’où venons-nous et Où allons-nous? Je réponds, en ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne». Mais Donald Trump est président des Etats-Unis et il ne saurait se contenter de l’éclairage philosophique d’un Français, fût-il l’un des penseurs majeurs du XX e siècle.

C’est donc en président des Etats-Unis qu’il a cherché la clé de l’énigme. «Qui suis-je»? Que fait le président de la première puissance mondiale quand il cherche une réponse à un problème? Il interroge ses conseillers? Ceux de Trump se sont tous sauvés par les fenêtres de la Maison Blanche. Il contacte des universitaires? Ces types sont tous des gauchistes à la solde des démocrates. Il appelle son boy friend Emmanuel? Celui-ci est trop occupé à trouver un écologiste gliphosato-compatible ami des chasseurs et amateur de corrida.

Trump est plus moderne. Il entre dans son bureau, ferme la porte à clef, ouvre son ordinateur et tape sur Google, les mots Trump et information. Moyen sûr et rapide pour lui, de trouver la réponse à l’angoissante question existentielle «qui suis-je?».

Malgré la rapidité légendaire du célèbre moteur de recherche, l’opération prend pas mal de temps. Car Donald n’est pas bien sûr de l’orthographe de son nom. Il essaye donc Tromp, Tramp, Trimp, Tremp, avant de taper Trump. Le mot information n’est pas plus facile. Mais après quelques hésitations, les deux mots sont correctement saisis sur la fenêtre de Google et le président peut enfin appuyer sur enter. Et les résultats s’affichent. 784 millions de résultats trouvés en 0,47 seconde.

J’ai fait la même expérience avec mon propre nom (qui est un nom propre d’ailleurs), j’ai obtenu 170.000 résultats en
0, 37 seconde. Ce qui est moins impressionnant. D’autant que ces résultats concernaient surtout un spécialiste de la maladie d’Alzheimer et un chausseur de luxe à la mode. Mais Trump a pu lire des résultats le concernant réellement. Et c’est là qu’il s’est fâché. La plupart des informations apparaissant sur son écran étaient extrêmement négatives. Les multiples affaires judiciaires dans lesquelles il est mouillé, ses errements diplomatiques, son comportement ridicule au moment du décès de McCain, les moqueries dont il est l’objet… Il aurait dû en déduire que la réponse à la question «qui suis-je» était, pour lui: un guignol obscène et narcissique, dangereux et affligeant. Au lieu de cela, Donald s’est vexé et a accusé Google de truquer les résultats. Et il a menacé de «corriger» tout ça. Il est comme la méchante reine de Blanche Neige. Quand le miroir ne lui répondit pas ce qu’elle voulait entendre, elle le brisa. Google a la solution. Quand Trump taperait son nom, tous les résultats diraient: un super-héros capable de s’envoler depuis le dernier étage de la Trump tower. Il y croirait et convoquerait Fox News pour faire une démonstration. Ainsi, le monde serait débarrassé de cette engeance. Et pour une fois, une fake news serait utile et bénéfique.