Ça va mieux en le disant

La Saint-Barthélemy est le souvenir d’une date glorieuse de l’histoire de France. L’élimination, le 24 août 1572, de 4.000 hérétiques dans la seule ville de Paris, prolongée dans les jours qui suivirent par une purification religieuse vigoureuse dans de nombreuses autres villes de France, permettant d’atteindre le chiffre de plusieurs dizaines de milliers de huguenots envoyés en enfer.

En ce temps-là, les ancêtres des partisans de la Manif pour tous ne tergiversaient pas. Bénissant ces vaillants soldats de Dieu, le cardinal de Lorraine déclara avec un touchant lyrisme: «Courez et servez bien le Dieu des nations. Je répands sur vous tous ses bénédictions. Si dans ce grand projet quelqu’un de vous expire. Dieu promet à son front les palmes du martyre». On saluera la maîtrise parfaite de l’alexandrin et la richesse des rimes chez ce vaillant défenseur de la pureté du dogme. On ne peut que regretter que la Saint-Barthélemy ne soit pas devenue un jour férié, une fête à la fois nationale et religieuse, réunissant les fidèles autour de la commémoration fervente d’un massacre bien souvent imité depuis dans de nombreux pays, mais rarement égalé. Car certes, il y a eu la Nuit de Cristal le 9 novembre 1938 en Allemagne, il y a eu le Rwanda en 1994, Srebrenica en 1995, l’Irak, la Syrie… mais nulle part les bras armés de Dieu n’avaient reçu une bénédiction en alexandrins.

Le style, voilà ce qui fait la différence. Un des slogans répétés par de courageux égorgeurs disait: «Saignez! Saignez! La saignée est aussi bonne en août qu’en mai». Là encore, on peut relever le souci de la formule, la qualité du rythme, la beauté de la rime. Le roi Charles IX lui-même, eut cette phrase magnifique: «Tuez-les! Mais tuez-les tous, pour qu’il n’en reste pas un pour me le reprocher». Et sa mère, Catherine de Médicis ajouta: «Il valait mieux que cela tombât sur eux que sur nous». Au-delà de la sagesse du propos, il est bon de souligner l’emploi judicieux et fort à propos du subjonctif. «Il valait mieux que cela tombât…». Que ce tombât-là tombe bien et sonne joliment. Bref, dans ce pays où, deux siècles plus tard allaient briller les Lumières, on savait occire avec éloquence. Ça n’est pas rien. D’ailleurs le roi qui était jeune et vivait avec Catherine de Médicis, une femme qui aurait tellement pu être sa mère qu’elle l’était effectivement, se justifia avec grâce dans un texte admirablement tourné: «Devant un danger éminent, (…) il a fallu user du glaive que dieu m’a mis dans les mains pour la conservation des bons et pour vengeance et extermination des méchants (…)». Il se trouva bien quelques droit-de-l’hommistes bobos ramollos pour gâcher la fête, comme Montaigne ou Michel de l’Hospital, apôtre bêlant de la tolérance, qui osa écrire, au sujet de la Saint-Barthélemy «Périsse le souvenir de ce jour». Et puis quoi encore? Qu’on oublie ce qui fait la grandeur d’une nation et la gloire d’une Eglise? Qu’on oublie que les trente mille cadavres jonchant les rues et charriés par les rivières, encombrant les cimetières et empestant l’air des villes et des villages étaient des protestants? Protestant vient de protester. Rien n’est plus utile à un pays que de se débarrasser de ceux qui protestent.

Les Versaillais surent s’en souvenir pour massacrer les communards. On les appelait Versaillais car face à l’armée prussienne, ils avaient courageusement déplacé le parlement (largement monarchiste) d’abord à Bordeaux, puis à Versailles.

Mais pour Macron, Versailles, c’est «un lieu où la République […] s’était retranchée quand elle était menacée…». L’objectif de l’Assemblée versaillaise étant clairement l’abolition de la République, que les communards eux voulaient sauver, choisir le camp des Versaillais, c’est clairement une réminiscence monarchiste. Peut-être un peu risquée dans un pays régicide où protester et contester sont reconnus sports nationaux…

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