Ça va mieux en le disant

Il a fait plus de 30 degrés en Norvège. Doit-on s’en inquiéter? Evidemment non. La Norvège est un très important producteur de pétrole. Or, tout le monde le sait, le pétrole pousse dans les pays très chauds. C’est d’ailleurs profondément inique. Pourquoi le pétrole se trouve-t-il à profusion dans des pays qui n’en ont pas besoin?

Pourquoi l’Arabie saoudite, charmant pays connu pour ses couvre-chefs à carreaux vichy, ses coutumes à base de coups de fouet et de lapidation, ainsi que ses pèlerins sans pèlerines, déborde-t-elle de pétrole alors que son ensoleillement suffirait à alimenter toute l’Europe en énergie? Les desseins du Seigneur sont impénétrables. Et bien souvent parfaitement incompréhensibles pour le commun des mortels. Ainsi, personne n’a encore réussi à m’expliquer pourquoi Dieu, sous quelque nom qu’on le vénère, a choisi d’envoyer ses prophètes ou ses messies dans une seule région du globe, assez désertique et paumée, plutôt que dans des endroits peuplés et bien famés. Ses desseins sont impénétrables, mais ses croquis sont gnolets. Ceci dit, il faut reconnaître que grâce à sa manie de n’intervenir que dans cette région précise du monde, cette région est bénie. Elle connaît la paix et l’harmonie. La sérénité et l’amour. La guerre n’y fait jamais rage et les messages d’amour autrefois délivrés ont germé et fleuri comme des rosiers géants, diffusant leurs fragrances sucrées sur des étendues pacifiées, bercées par une brise légère. Elle est peuplée de femmes et d’hommes heureux et riants. Dieu, sous quelque nom que ce soit, prête son attention la plus proche aux riants. D’où le nom de ladite région. C’est gentil mais injuste si l’on pense que des coins du globe où aucun dieu n’a jamais envoyé personne naître ou mourir, comme Tahiti par exemple, sont de véritables enfers sur terre. Privés de messagers divins, les peuples de ces territoires maudits n’ont connu depuis des millénaires que la misère et le froid, la disette et la guerre, les ténèbres et les turpitudes. Heureusement, sur le tard, des missionnaires sont venus mettre un terme à ces malheurs et, avec l’aide de Dieu, ils ont su convaincre les vahinés de couvrir leurs corps dénudés de robes amples et chastes. C’est ainsi vêtues qu’elles se rendent le dimanche matin au temple, au lieu de se déhancher comme des créatures diaboliques sur les bords du lagon. Ailleurs, comme en Scandinavie, de faux dieux aux noms bizarres ont longtemps abusé les pauvres pécheurs. Heureusement, cette escroquerie ne s’est pas répandue vers les régions tempérées. Sans doute à cause de la difficulté à prononcer les noms associés à la divinité Odin. Il suffit de savoir que son palais, nommé Valaskjálf, est situé en Ásgard, où se trouve également son trône, appelé Hlidskjalf, pour comprendre qu’aucun peuple du sud n’aurait été capable de prier Odin. D’ailleurs, s’il était devenu un dieu du Sud, il l’aurait été sous le nom ridicule d’Odin le Roman. Inspirés par un dieu aussi nul, les Vikings étaient sans foi ni loi. Ils massacraient à tour de bras et mettaient même à sac les lieux de culte des populations qu’ils agressaient.

Pourrait-on imaginer dans l’histoire ancienne ou contemporaine des fidèles d’une religion monothéiste massacrer ou détruire au nom de Dieu? Impensable. Seuls des barbares peuvent en arriver là. Avec de tels dieux et de tels ancêtres, il est normal que la Norvège soit plongée aujourd’hui dans la plus totale confusion. De la canicule mais des glaciers, du pétrole mais des fjords gelés, une des économies les plus prospères du monde mais pas membre de l’UE, championne de l’égalité hommes-femmes mais avec souvent des hommes victimes des femmes, un taux de chômage ridiculement bas mais une inflation maîtrisée… la Norvège est un pays de paradoxes. Ce qui prouve en tout cas que malgré les inconvénients du climat, il vaut mieux être un pays de paradoxes qu’un pays d’orthodoxes.

Claude Frisoni