Ça va mieux en le disant

Puisque la Coupe du monde est finie, que le Tour de France est largement décrédibilisé et comme l’actualité, comme la nature, a horreur du vide, un nouveau feuilleton est venu nous sortir de la torpeur estivale. Suscitant l’attention de tous, monopolisant les unes des journaux, animant les conversations, déchaînant les passions, perturbant les réunions familiales, provoquant les disputes et les divorces… il s’agit bien sûr de la suppression des pailles en plastique.

La Ville de Paris a déjà annoncé l’interdiction de cette terrible menace et le ministre français de la Transition Ecologique et Solidaire a déclaré: «Nous soutenons l’interdiction (…) des pailles et des mélangeurs. D’autres produits, notamment ceux à usage unique, suivront.» Cette décision courageuse vient évidemment compenser la prolongation de l’exploitation des vieilles centrales nucléaires brinquebalantes, la poursuite de l’utilisation du glyphosate et les menaces d’extinction des couleuvres. La consommation excessive de l’animal par le ministre mettant la survie de l’espèce en péril. Mais pour la suppression des pailles en plastique, les décisions courageuses vont être prises. L’entreprise Starbucks elle-même, qui est à l’expresso italien ce que McDo est à Robuchon, a annoncé qu’elle supprimait les pailles de tous ses produits. Il faut dire que boire du café avec une paille, c’est un peu comme consommer du pessac-léognan à la petite cuiller. Mais c’est pour sauver la planète qu’on a désigné les pailles en plastique ennemi public numéro un.

Le plastique est en effet un véritable fléau, nul ne peut le contester. Et pour moi qui n’utilise jamais de pailles, j’estime le volume quotidien de mes déchets en plastique à l’équivalent d’un camion-benne. Ça n’est pas vraiment de ma faute. Tout, absolument tout, est emballé dans cette matière. Sauf le vin, heureusement. Et encore… Il arrive que des liquides abusivement vendus sous ce nom soient conditionnés dans du plastoc. Encore faut-il être fou pour en acheter et plus encore pour en consommer.

Mais le moindre paquet de piles, la barquette de viande, le câble pour recharger je ne sais quoi, le tube de dentifrice, les liquides ménagers… les plus banals des produits quotidiens sont vendus enrobés de plusieurs couches de cette matière maudite.

Il y a d’abord le blister, impossible à ouvrir, puis le truc avec des bulles, puis le polystyrène, puis le film transparent, puis un bloc dans lequel est serti le bazar qu’il est plus difficile encore de déballer que de payer.

Deux mètres cubes de plastique pour 130 grammes d’ampoules basse consommation? Ces merveilleuses ampoules qui ne grillent jamais. Ou presque. Qui sont garanties huit mille heures de fonctionnement. Qui s’est jamais présenté au magasin avec son ampoule cramée pour faire jouer la garantie? Avec un certificat de l’huissier qui est resté assis près de l’abat-jour à contrôler le temps d’utilisation, attestant qu’elle a été allumée beaucoup moins de huit mille heures?

Mais le plus grave danger, c’est la paille! Car on la voit dans l’œil du voisin, la paille! Par quoi la remplacer? Le débat fait rage à ce sujet. Et, n’écoutant que ma conscience, j’ai trouvé la solution.

Non, pas la papaye, ce serait trop facile. C’est en admirant des meules de foin qui décoraient un champ après les moissons que je me suis écrié: «Eurêka», qui est le mot grec pour dire «bon sang, mais c’est bien sûr». La solution, c’est la paille en paille. Pratique, élégante, saine, biodégradable, la paille en paille a tous les avantages de la paille en plastique et aucun de ses inconvénients. Elle ne coûte rien à fabriquer, se trouve en abondance, et ferait même gagner des sous aux agriculteurs, qui en ont bien besoin.

Grâce à cette découverte majeure, je vais devenir riche. En commercialisant des pailles en paille, soigneusement emballées par cent, dans une élégante barquette en plastique décorée avec la photo de Monsieur Hulot.

Claude Frisoni