Ça va mieux en le disant

C’est avec une profonde admiration que le monde a appris des jolis doigts boudinés de Donald Trump (ce grand homme ne parle pas, il gazouille sur le clavier de son smartphone, avec la légèreté de l’hippopotame et l’élégance de la hyène) le tout nouveau concept juridique et politique de «l’auto-grâce». A l’instar du président du Groland, le regretté Salengro, qui s’était auto-élu et autoproclamé président immourable et éternel, Donald Trump a encore innové en inventant l’auto-grâce. Il est tellement peu sûr de ne pas être condamné, qu’il a décidé de s’auto-gracier. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. S’auto-gracier, pas photographier. S’auto-gracier.

Ce qui signifie qu’il peut faire absolument ce qui lui chante, y compris le pire, et comme le disait Coluche, c’est dans le pire qu’il est le meilleur, puis s’auto-féliciter, avant de s’auto-pardonner et enfin de s’auto-gracier. Où va-t-il chercher tout ça?

D’ailleurs, l’homme est adepte de ce qui est auto. D’abord de l’autodéfense, si chère à ses amis marchands d’armes. L’autodéfense, c’est ce qui permet à un brave Texan de descendre un cambrioleur en le prenant pour son épouse ou à un étudiant d’en finir avec l’échec scolaire en flinguant tous ceux qui sont mieux classés que lui.

Mais ce que préfère Trump dans tous les «auto», c’est évidemment l’autobronzant. Chaque matin, il s’oint de cet agent orange, prélevé sans doute dans les stocks inutilisés de Monsanto, avant de s’auto-congratuler, puis il s’auto, pardon saute au… plafond d’autosatisfaction. Grâce à son produit autobronzant, il est auto-mat. Automate, mais pas autonome. Car un coiffeur spécialisé dans les missions impossibles doit alors accorder la couleur de sa chevelure avec la teinte bizarre de son visage. Puis son fidèle chauffeur, Otto, le conduit dans son auto par l’autoroute, chez son oto. Enfin, son oto-rhino-laryngologiste. Cet oto-là a la difficile tâche d’essayer de comprendre comment ces oreilles, ce nez et cette gorge peuvent bien fonctionner sans présence d’un cerveau pour les commander. En devenant lui-même la risée du monde entier, Donald s’est auto-risé tout et n’importe quoi. C’est automatique.

Quand il ne lâche plus la main de ses invités, quand il les couvre de baisers enflammés ou leur enlève les pellicules, il est autocollant. Mais lorsque complètement autocentré il menace la planète, insulte les autochtones du monde entier ou joue avec le bouton rouge sans autorisation, il est autoritaire. Peut-on être sûr qu’il détruira la Terre? Il est trop tôt. Il est auto? Il est toto, le héros des blagues à dix sous. Il est au top du bottom! Il est l’autocrate. Il est loto crade. Aussi imprévisible, aléatoire, hasardeux que le loto. Auto d’échec, faible taux de réussite.

Il méprise cependant certains «auto». L’autocritique, l’autocensure, l’autopunition et l’autodérision ne font pas partie de sa panoplie. L’autodestruction non plus, hélas. Il n’est pas non plus autodidacte, car si personne n’a jamais réussi à lui enseigner quoi que ce soit, il n’a pas non plus été capable d’apprendre quoi que ce soit par lui-même. Il faut dire que ce qu’il préfère dans la littérature, ce sont les autographes et surtout les autodafés.

Faut-il le rappeler, auto vient du grec ancien autos, qui signifiait soi-même. Et Trump aime à se le répéter: «Moi m’aime.» Au moins aime-t-il quelqu’un. Pourtant quelqu’un de peu aimable. C’est un début. C’est ce qu’on appelle l’auto-érotisme. Technique qui demande une grande souplesse et beaucoup d’amour propre. Ou d’autonettoyant.

S’il devait rendre un seul service à l’humanité, ce serait de suivre une psychothérapie. Mais comme il n’a confiance en personne, il devrait se confier à lui-même. Etre son propre psy. Et réaliser comme un grand, son auto-psy.

Claude Frisoni