Ça va mieux en le disant

Il y a parfois de curieux télescopages de l’actualité. Au moment où le président du pays réputé premier producteur mondial de laïcité déclare vouloir réparer les liens (qui, constitutionnellement, n’existent pas) entre l’Eglise et l’Etat, le Premier ministre du pays réputé premier producteur de catholiques d’Europe autorise le démontage d’une chapelle qui plaît même aux mécréants. Ce serait bien mal connaître l’écriture inclusive que croire que chapelle est le féminin de chapeau. Il est en effet inconvenant de pénétrer dans une belle chapelle avec un beau chapeau. Dans les chapelles, les chapeaux sont appelés chapiteaux. Ils sont ornementaux et finement travaillés. En résumé, dans une chapelle, on enlève son chapeau et on travaille du chapiteau.

La plus célèbre des chapelles est la chapelle Sixtine. La plus cachée est la chapelle Sex Teen, qui a peut-être contribué à abîmer ces fameux liens qui n’existent pas entre l’Eglise et l’Etat. Dans la chapelle Sixtine, on ne prie pas. On est prié. De ne pas prendre de photos, de ne pas parler, de ne pas s’attarder, de ne pas ralentir le flot ininterrompu de visiteurs payants. Mais on peut, subrepticement, admirer le plafond richement décoré par un artiste au nom compliqué: Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni, surnommé Mickey l’Ange.

Mickey est considéré comme le plus grand décorateur de plafonds de tous les temps, juste après Cro-Magnon. Admiré et respecté durant sa longue vie d’artiste, Mickey a dû dissimuler son homosexualité. Car l’homosexualité est une abomination. C’est en tout cas ce qu’ont beuglé des dizaines de milliers de manifestants catholiques dans les rues du pays de la loi de 1905. Ce qui a sans doute contribué à abîmer les liens, qui raisonnablement n’existent pas, entre l’Eglise et l’Etat.

Malgré sa misérable déviance, que seul l’Evêque de Bayonne aurait pu soigner grâce à ses «réunions d’accompagnement, initiative qui prouve la compassion de l’Eglise à l’égard des sodomites diaboliques», Mickey n’a pas eu à subir le démontage de la chapelle Sixtine. Même pas après les nombreux changements de directeurs du Vatican, aussi appelés papes. Wim Delvoye n’aura pas cette chance. Officiellement, parce que son œuvre gêne l’accès à un lava-beau. Raison noble s’il en est. Officieusement, parce que quand on veut aimer son prochain, il faut oublier son ex. Et effacer les traces de son passage. On aurait d’ailleurs dû commencer par changer le nom de l’institution qui héberge la chapelle. Mudam, c’est l’abréviation de Musée d’Art Moderne. C’est du français! Horreur! L’abréviation de Musee fir modern Konscht, ça donnerait MUFIMOK. C’est joli. Paradoxalement, ceux qui protestent contre le démontage de cette chapelle sont ceux qu’on voit le moins à la messe. Il faut dire que les vitraux de l’artiste véhiculent un message susceptible d’abîmer les liens entre l’Eglise et l’Etat. Il est même surprenant qu’aucune manif pour tous n’ait protesté contre ce blasphème sacralisé. Il faut dire qu’ici, on manifeste peu, rarement et plutôt à bon escient. On préfère les processions aux protestations. Personne n’aurait songé à battre le pavé pour exiger le renvoi du directeur du Mudam. Un petit coup monté pour le sacrifier sur l’autel du populisme inculte a fait l’affaire.

Récemment, le journal Libération expliquait que le Premier ministre luxembourgeois, qui après les heures fait aussi ministre de la Culture, est l’ami du président Macron. Le plus grand problème de ce dernier est qu’il ressemble plus à un courtier en assurances qu’à un homme d’Etat. Alors, il cherche désespérément des postures spirituelles. Alors que de Gaulle pensait que les Français étaient des veaux, lui souhaite qu’ils soient dévots.

Peut-être pourrait-on lui revendre la chapelle maudite. Ainsi, le ministre de la Culture pourrait facilement accéder au lavabo. Et, tel Ponce Pilate, laisser couler l’eau en disant: «Je m’en lave les mains.»

Claude Frisoni