Bruxelles rejette le budget italien, le bras de fer se durcit

La Commission européenne a durci mardi son bras de fer avec la coalition populiste au pouvoir en Italie en rejetant son projet de budget 2019, une première dans l’histoire de l’UE, a-t-on appris auprès d’une source européenne.

Lors d’une conférence de presse mardi après-midi à Strasbourg, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, va demander à l’Italie « de réviser son budget », qui sort largement des clous, a déclaré cette source à l’AFP.

Cette décision a été prise en début d’après-midi par le collège des commissaires de l’UE, réuni dans l’enceinte du Parlement européen. Selon les règles européennes, l’Italie dispose maintenant de trois semaines pour présenter un budget révisé.

Dans le cas contraire, elle se heurte à l’ouverture d’une « procédure pour déficit excessif », susceptible d’aboutir à des sanctions financières correspondant, en théorie, à 0,2% de son PIB (soit 3,4 milliards d’euros en prenant les chiffres de 2017).

La marge de manoeuvre de la Commission est étroite, entre recherche de fermeté, afin d’assurer sa crédibilité, et volonté de dédramatiser, pour éviter un choc frontal avec Rome qui affolerait les marchés.

« Dès demain, nous continuerons à expliquer cette loi de finances », a déclaré avant même l’annonce de la Commission le vice-Premier ministre italien, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) l’un des deux partis de la coalition italienne avec la Ligue (extrême droite). « Les prochaines semaines seront des semaines de grand dialogue avec l’Europe, les marchés », a-t-il promis. « Nous écoutons tout le monde, mais nous ne revenons pas en arrière », a pour sa part prévenu le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, le patron de la Ligue, lors d’un déplacement en Roumanie.

Bruxelles avait déjà pointé du doigt dans un courrier à Rome la semaine passée le dérapage budgétaire « sans précédent » de l’Italie depuis les nouvelles règles mises en place en 2013 et le risque de « non-conformité grave » de son budget avec les règles européennes.

Mais en dépit de ces critiques, le gouvernement italien avait maintenu lundi ses prévisions. Alors que le précédent gouvernement de centre gauche avait promis un déficit public de 0,8% du PIB en 2019, Rome prévoit désormais d’atteindre 2,4% l’an prochain, puis 2,1% en 2020 et 1,8% en 2021. Quant à la dette publique, actuellement à quelque 131% du PIB, soit le ratio le plus élevé de la zone euro après la Grèce, Rome a promis de la ramener à 126,5% en 2021. En gage de sa bonne volonté, le gouvernement italien a dit qu’il respecterait à la lettre ces objectifs, sans creuser davantage le déficit ou la dette. Il a aussi réaffirmé lundi son attachement à l’UE et à la zone euro, assurant qu’il n’y avait « aucune chance » que l’Italie en sorte.

Les échanges entre Rome et la Commission sont observés de près par les autres pays de la zone euro, soumis aux mêmes règles budgétaires que l’Italie. « Personne ne peut s’affranchir de ces règles, qui sont les mêmes pour tous », a rappelé, avant la décision de Bruxelles, le ministre français des Finances Bruno Le Maire. « C’est aussi dans l’intérêt des Italiens d’avoir des règles solides, une monnaie stable, une zone euro qui se renforce », a-t-il ajouté lors d’un déplacement à Strasbourg.

Klaus Regling, le patron du Mécanisme européen de stabilité (MES), une organisation de l’UE chargée de venir en aide aux pays de la zone euro en difficulté, a lui assuré mardi que l’Italie n’était « pas la prochaine Grèce ». « Il ne faut pas paniquer (…) Le risque de contagion à d’autres pays est très limité », a-t-il ajouté.