Brexit: «Soyons amis, Albion!» / Spots

Depuis le Cap Blanc-Nez, ce promontoire de craie blanche à l’ouest de Calais, on aperçoit par beau temps les falaises de Douvres – on peut presque les toucher. La craie du Kent et celle du Calaisis sont nées dans le même lit. L’Angleterre, c’est aussi l’Europe, pour le bien et pour le mal. Aurait-on oublié que c’est depuis le Parlement de Londres que la démocratie parlementaire moderne a essaimé, et que face aux monstres politiques et militaires qui peuplaient le continent il y a quatre-vingts ans, Albion, l’europhobe d’aujourd’hui (?), a incarné à elle seule la véritable Europe?

Une importante minorité des électeurs du Royaume-Uni ont décidé le 23 juin 2016 de quitter l’Union européenne – une minorité, car beaucoup de citoyens britanniques expatriés n’avaient pas le droit de participer au référendum, et il est plus que probable que la plupart de ces exclus du suffrage auraient choisi le maintien dans l’Union.

Il se peut d’ailleurs que nos amis de l’autre côté de la Manche se ravisent et fassent échouer le divorce avant le 29 mars 2019. Le pari mérite d’être tenté.

En attendant, tout le monde devrait s’accorder pour exiger que les droits de l’Homme ne servent pas de monnaie d’échange entre diplomates. C’est hélas le cas lorsque les négociateurs du Brexit lient le maintien des droits dont jouissent actuellement les citoyens britanniques dans l’UE à l’attitude du gouvernement de Sa Majesté à l’égard des citoyens des 27 autres pays, sur le mode du «donnant-donnant».

S’il est nécessaire que l’UE défende les droits de ses propres citoyens dans un futur Etat tiers, elle se grandirait en séparant la question du statut des citoyens britanniques du reste de la négociation et en leur accordant à tous, sans contrepartie et dans l’esprit de sa charte des Droits fondamentaux, la conservation des droits dont ils jouissent actuellement, en particulier la liberté professionnelle et le droit de travailler, ainsi que la liberté de circulation et de séjour. L’UE a sinon une obligation d’ordre juridique, du moins l’obligation politique et morale de procéder de la sorte.

Une telle attitude de l’UE ne créerait aucun précédent au regard du statut des ressortissants d’autres pays tiers, étant donné qu’il ne s’agirait pas d’accorder de nouveaux droits à un groupe de personnes, mais de maintenir des droits existants.

Au cas où le gouvernement britannique n’en ferait pas de même pour les citoyens de l’UE, il serait toujours temps de menacer de taxer l’importation du cheddar et du whisky et d’envoyer paître la City.

A ceux qui s’offusqueraient d’une décision unilatérale en faveur des citoyens britanniques, on répondra que l’UE ne courrait aucun risque à se montrer généreuse. Bien au contraire, les Britanniques qui décideraient de profiter de telles dispositions contribueraient à la prospérité de leurs pays d’accueil qui seraient ainsi largement récompensés de leur ouverture.

Claude Weber/ Ligue des Droits de l’Homme