Jacques Hillion / «Etre ou ne pas être ensemble, telle est la question (…) à laquelle il faudra répondre dans les deux semaines à venir», a fait valoir le président du Conseil européen, Donald Tusk, alors que l’Europe vient de poser sur la table ses propositions pour éviter un «Brexit» qu’à Bruxelles on donne l’impression de vouloir éviter à tout prix.
Conjuguer l’«être ensemble» est un exercice difficile lorsqu’il s’agit de parler des relations que le Royaume-Uni et l’Union européenne entretiennent depuis 1973.
Les gouvernements britanniques successifs sont ainsi toujours passés pour les empêcheurs de tourner en rond, pensant avant tout à défendre leurs intérêts, lesquels tiennent essentiellement dans le Marché unique.
Les autres dimensions européennes intéressent peu Londres, qui se contente d’être une exception européenne. D’euro, il n’en a ainsi pas été question. L’union bancaire n’a aucune raison d’être et Schengen sert surtout à maintenir les migrants de l’autre côté du tunnel, dans la «jungle» de Calais et à Zeebruges. La politique d’immigration et d’asile n’offre que peu d’intérêt. Tout comme la politique de défense.
Mais ce n’est pas suffisant pour le Premier ministre britannique. Il veut encore moins d’Europe. Bruxelles a donc concocté des propositions qui semblent satisfaire Cameron, mais moins ses concitoyens à l’euroscepticisme affiché.
Il est donc difficile, dans ces conditions, de défendre des propositions qui, pour beaucoup, ne sont qu’une manière de répondre aux exigences, si ce n’est au chantage, de David Cameron.
En effet, permettre à un des Vingt-huit de refuser les aides sociales aux ressortissants communautaires, pendant les quatre premières années de présence dans un autre Etat membre, est considéré par d’aucuns comme une attaque à un des piliers fondamentaux de l’UE: la libre circulation des travailleurs. Laquelle suppose l’accès au droit social.
Le message est d’autant plus difficile à faire passer auprès des Européens convaincus qu’il s’apparente à un nouveau détricotage des acquis. Et qu’il s’évertue, une nouvelle fois, à favoriser Londres et sa City ou encore à faciliter le blocage des institutions européennes.
A l’heure où les fondations de l’Europe vacillent, il est difficile de ne pas percevoir cette démarche comme une nouvelle secousse sismique. En effet, plutôt que de montrer ce que le projet européen apporte au Royaume-Uni, les propositions censées favoriser son maintien mettent en exergue ce qui est supposé ne pas fonctionner. Un «renversement de la preuve» qui ne peut qu’alimenter un euroscepticisme loin de se cantonner outre-Manche.
La raison souvent invoquée pour défendre le maintien britannique serait l’affaiblissement de l’Union tant sur le plan économique, politique que diplomatique. Force est de constater que cette position est principalement tenue par les pays qui ne font pas partie de la zone euro.
C’est donc bel et bien une Europe à plusieurs dimensions qui se dessine, avec pour noyau la monnaie unique et l’union bancaire. Le «Brexit», dans ce contexte, n’apparaît pas comme une menace pour les partisans d’un projet communautaire qui doit poursuivre son chemin. Et ce, d’autant plus que le projet de déclaration des dirigeants européens reconnaît que le Royaume-Uni a atteint les limites de son niveau d’intégration politique dans l’UE.




