Brexit: «Many spoken Words» /vu des marches

Many spoken words» – que l’on pourrait traduire par «de nombreux discours», œuvre de l’artiste Su-Mei Tse, est l’une des installations emblématiques du Mudam. La fontaine, remplie d’encre noire, évoque la dissolution des mots écrits qui reviennent à leur état originel, et met en lumière leur fluidité ainsi que le concept de renouveau éternel.

L’accord sur le Brexit n’est pas sans rappeler cette œuvre. Le texte final, approuvé par les dirigeants européens dimanche, est très éloigné du projet initial voulu par les partisans de la sortie de l’Union européenne.

Theresa May a compris que d’importantes concessions devraient être accordées pour permettre au Royaume-Uni de conserver son accès au marché européen. Les plans initiaux du Brexit ont dès lors été affinés et adaptés au point que certains se demandent désormais si le jeu en valait la chandelle. L’accord de retrait a été accepté en trente-huit minutes seulement au niveau de l’UE, suggérant qu’il pourrait s’avérer plutôt défavorable pour le Royaume-Uni. L’issue du vote du Parlement britannique, prévu le 12 décembre, est quant à elle, incertaine.

Les Tories, pro-Brexit, estiment que trop de concessions ont été faites à Bruxelles (90 membres du parti conservateur ont publiquement dénoncé l’accord). Leurs opposants du Labour ont, eux, déclaré le texte incomplet, et de nombreux responsables se plaignent que celui-ci ne respecte pas le vote des citoyens.

Quatre issues sont désormais possibles et les marchés y sont suspendus.

Les parlementaires pourraient céder à la pression du marché et aux craintes d’un «no deal», en acceptant la version actuelle. Cela soulagerait les marchés, écartant le spectre d’un éventuel chaos provoqué par l’absence d’accord. A l’inverse, s’il votent contre cet accord, Mme May tentera probablement de le renégocier avec l’UE. L’accord pourrait alors être encore plus accommodant (ressemblant probablement à celui conclu entre l’UE et la Norvège au sujet du marché unique) et apaiserait les Travaillistes. Troisième option: la Prime Minister pourrait être obligée d’organiser un second référendum.

Mais le pire scénario pour les marchés et la livre sterling serait un Brexit «sans accord». Pour la société Capital Economics, la sortie pourrait se faire de manière «ordonnée» ou «désordonnée ». Ses experts estiment que le premier scénario pourrait coûter 1% du PIB britannique et le second 3%.

Pour l’heure, nous ne misons sur aucune issue. L’instabilité et l’incertitude persistantes plombent le climat des marchés financiers et il semble que le Brexit fera encore couler beaucoup d’encre. Même si le Royaume-Uni devait rester dans le giron de l’UE et que le Brexit se résumait au bout du compte à «de nombreux discours», le retour de bâton à l’échelle nationale pourrait faire mal, avec potentiellement la montée des partis populistes, comme cela a été le cas dans d’autres pays du Vieux Continent.

Fredrik Skoglund

Chief Investment Officer – BIL