Boussole morale

Les hommages pleuvent de toutes parts depuis le décès, ce 18 août, de l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, diplomate tenace d’une époque où les grands de ce monde commençaient déjà à renvoyer le multilatéralisme aux livres d’histoire. Aujourd’hui, les Russes et l’Occident ne se parlent plus vraiment et l’Amérique de Trump a acté la fin de ce concept dont Kofi Annan était un ardent défenseur, malheureusement trop souvent inaudible. A 80 ans, Annan quitte définitivement la scène internationale après 30 ans de carrière onusienne dont deux mandats de secrétaire général (1997-2006). L’ONU est aujourd’hui plus faible que jamais et la tendance générale, bien inquiétante, qui anime les Etats est à la montée des extrêmes, du regain du nationalisme et du repli sur soi.

Eternel optimiste, Kofi Annan était affecté par ceux qui, en son temps déjà, critiquaient l’impuissance de l’ONU, voire son obsolescence. Il s’est d’ailleurs cassé les dents sur un accord pour l’élargissement du Conseil de sécurité. Et s’il a fait approuver la doctrine de «responsabilité de protéger» dans la continuité du droit d’ingérence, elle a volé en éclat avec le conflit syrien.

Avec la disparition de Annan, c’est un peu une page de l’Histoire du monde qui se tourne, et pas forcément la plus glorieuse. Car le charismatique diplomate, infatigable héraut du consensus a, par ses fonctions, forcément été au contact des pires atrocités de notre monde. En 1992, alors que sévit la guerre en Yougoslavie et son funeste massacre de Srebrenica, Annan est chef adjoint des opérations de maintien de la paix. L’ONU reste impuissante et il reconnaît d’ailleurs de « graves erreurs de jugement et [l’]incapacité à comprendre l’ampleur du mal auquel nous étions confrontés ». Deux ans après viendra le génocide du Rwanda, un nouvel échec. Là encore, il admet que l’ONU n’en a pas fait assez pour « protéger le Rwanda contre lui-même, pas assez pour honorer les idéaux pour lesquels les Nations unies existent ». Lorsqu’il est nommé à la tête de l’organisation, il montrera toute son épaisseur malgré l’adage qui veut que le titulaire du poste soit «plus secrétaire que général».

Un des ses principaux faits d’armes réside dans son opposition à la guerre en Irak menée par la paire anglo-américaine en 2003 et qu’il juge «illégale».

Il n’hésitait pas à serrer des mains sanguinaires car « cela vaut le coup de traiter avec ces gens si cela permet de sauver ne serait-ce qu’une vie ». Il fut un infatigable défenseur de la paix, des droits fondamentaux. Gageons que le monde puisse trouver des hommes et des femmes qui s’inscriront dans la même veine.