Bitcoin: risque clé /Eclairage

La progression impressionnante du bitcoin, avec une valeur multipliée par 19 depuis un an et atteignant une capitalisation boursière de 318 milliards de dollars, supérieure à celle de la Bank of America, doit nous rendre attentifs à ses risques potentiels. Le bitcoin est une crypto-monnaie créée, suite à la crise financière de 2009, par un ou plusieurs informaticiens sous le pseudonyme de «Satoshi Nakamoto». Le but du bitcoin, à l’époque, était de fournir une alternative aux monnaies traditionnelles pour tout individu possédant une connexion internet. Le bitcoin est né et circule grâce à la technologie de la «blockchain» qui permet de valider une transaction sans passer par une banque. Chaque participant du réseau peut approuver une transaction en ajoutant un bloc à la chaîne existante et en trouvant un identifiant unique – une clé – pour nommer le bloc. Ceci nécessite la résolution d’une équation mathématique qui se complexifie au fur et à mesure que la chaîne grandit. Actuellement, environ 16,7 millions de bitcoins sont en circulation et le nombre total ne pourra pas dépasser les 21 millions, selon le souhait du créateur.

Sur un plan économique, le bitcoin est principalement critiqué pour ne pas avoir servi de monnaie d’échange pour un volume significatif de transactions commerciales. De plus, sa valeur est totalement décorrélée d’un quelconque niveau d’inflation, posant à la fois la question de sa nature réelle (monnaie de singe ou monnaie tangible) et la question des risques pour les marchés en raison de la circulation de cette e-devise. En cette période de très faible volatilité de pratiquement tous les titres financiers, le bitcoin affiche quant à lui un niveau de plus de dix fois celui d’une monnaie traditionnelle, ce qui inquiète la Commission. Ajoutons à cette volatilité que des contrats de change à terme sur le bitcoin sont apparus sur le Chicago Board Options Exchange, amplifiant le phénomène et créant un lien direct avec les monnaies traditionnelles. Le risque de marché s’avère donc très grand. A cela s’ajoute un risque règlementaire, dans la mesure où la position des gouvernements n’est pas claire quant au niveau de régulation à lui appliquer. Une étude récente du Cambridge Center for Alternative Finance estime qu’il n’existe pas plus de trois millions de personnes possédant des comptes de monnaies numériques. De surcroît, selon Bloomberg, 40% des bitcoins seraient possédés par seulement 1.000 personnes. Le risque de concentration est donc important et inquiétant.

Le prix Nobel français Jean Tirole décrit la crypto-monnaie comme «une bulle» n’ayant aucune valeur, rejoignant ses collègues Krugman, Shiller ou encore Stiglitz qui se sont tous montrés critiques sur la viabilité de celle-ci. Quant à Bernanke, il la décrit comme une «entreprise essentiellement spéculative». Bulle, mode, nouvelle monnaie? Quoi qu’il en soit, si vous en possédez, n’en perdez surtout pas la clé.

Luc Neuberg,

président de l’Alrim