BILLET / Comment se réjouir

Marie-Anne Lorgé / Le bonheur est dans le pré (l’essayer, c’est l’adopter), et le pré fait le printemps – avec fleurs, orgies d’oiseaux et autres saillies colorées dans le décor –, or, le printemps, on y est, mars lui a fait un nid.

En même temps, mars est un mois bavard. C’est un défouloir de paroles montées en pages que des barnums commercialo-littéraires – les salons, foires et autres temples du genre – sèment tout au long du mois. C’est fou le bruit que font les mots. Sachant que certains restent inaudibles, ceux-là qui souvent se cachent pour souffrir. D’autres, amuseurs sans le vouloir, font des plis dans le creux de l’oreille – à l ‘exemple de cette savoureuse brève de comptoir: «Les prunes sont arrivées à maternité». D’autres encore se perdent au milieu de «souvenirs qui se trompent de locataire».

S’il n’est «pire sourd que celui qui ne veut pas entendre», il y aurait toutefois danger à tout écouter, à commencer par les injonctions délirantes du discours ambiant, cette prétendue pensée positive qui fait pression comme une cocotte-minute. «Sois heureux. Sois en meilleure santé. Sois plus intelligent, plus rapide, plus riche, plus sexy, plus productif». C’est oublier que parfois tout va de travers. Et qu’un droit existe, celui de s’en

foutre. Un art subtil, selon le livre-manifeste de Mark Manson, qui préconise l’insolence joyeuse. En gros, y a pas de mal à se faire du bien…