BILLET Luzerne

Le mitan d’août inverse le cours des choses, exception faite des orages – qui gâchent toujours la fête comme s’ils en connaissaient l’horaire – et des mouches – qui résistent aux oignons piqués de clous de girofle, aux citrons marinés dans le vinaigre blanc et autres répulsives recettes de grand-mère. Sinon, c’est le chassé-croisé des clés, les unes ouvrent ce que les autres ferment.

Le voisin d’à côté qui s’est occupé du chat de la voisine d’en haut, a relevé le courrier des retraités d’en face, tondu le gazon du couple parti aux antipodes en espérant recoller la vaisselle de leur ménage, ledit voisin, donc, celui-là qui se plaint de dormir mal, s’accorde enfin une pause, après avoir éclusé des sports cathodiques et des seaux de bière sans mousse, sans toutefois décider de quitter ses pénates… convaincu de ne pas trouver mieux ailleurs, se ralliant à la cause du poète qui affirme que la mondialisation «n’a pas prévu le surgissement de l’humain; elle n’a prévu que des consommateurs».

En fait, éreinté par l’énergie démesurée de chacun de ses déménagements – s’accompagnant chaque fois d’une migration amoureuse et linguistique –, le voisin s’est pris d’affection pour la luzerne, les trèfles et les véroniques. Un horizon sauvage et bleu. Où planter une cabane. Et respirer. Chaque été ravive
ce rêve-là.
Marie-Anne Lorgé