Billet / Frisson

D’une saison à l’autre, les contrastes s’accentuent. D’infinies étendues vertes sont prises sous le givre qui reflète un soleil blanc et bas. Les températures sont à peine agréables, seuls les forsythias se sont déjà remis et commencent à se parer de leurs fleurs caractéristiques, ressemblant à des flammèches capricieuses.
Le bleu du ciel est à la fois chaleureux et froid comme de l’acier. Tout semble hésitant, méfiant face à ce début de renouveau et rempli de joie en se projetant dans un environnement qui sera bientôt plein de couleurs.
Le doux frisson est tel que nous comprenons que cet éternel cycle, bien qu’il ne nous réserve, par définition, aucune surprise, ne lasse jamais ni l’esprit ni l’âme. Tout est donc joie et douceur. L’atmosphère devient comme un voile qui atténue le bruit, la fureur. Tout paraît si proche et si loin à la fois. Une brève échappée salutaire, un regard distrait par la fenêtre, une douce rêverie qui dure le temps d’une phrase musicale. Instant fragile dont la magie cède à l’irruption de la réalité.

Maurice Magar