BILLET Chat ou souris

La Norvège? Trois Nobel de littérature pour cinq millions d’habitants, dont 40% lisent plus de dix livres par an. Du reste, «que faire d’autre quand il pleut?» Après ça,

allez prétendre que la météo ne manque pas d’humour ou qu’elle ne pèse guère sur

notre bonne santé imaginaire.

N’en demeure pas moins que l’homme d’aujourd’hui est celui-là qui communique

davantage avec sa souris qu’avec sa langue.

Sur l’écran, une vie a toujours l’air formidable, imperméable aux aléas, et les personnages qui y gravitent, improbables à rencontrer, de devenir plus importants que des voisins de palier.

Sur le palier – qu’il s’agisse du troisième étage ou du sixième, peu importe –, le scénario se répète, vieux comme une fable, celle-là qui parle de l’animal pour mieux parler de l’homme, et, donc, sur le palier, un chat guette – par jeu –, une souris cavale – de trouille – et dans cette

partie apparemment inégale, les chances restent partagées, la souris ne confiant jamais sa destinée à un seul trou. Un plan de survie que le matou, gras et omnipotent, n’en finit pas d’ignorer.

Sur le même palier, lequidam – qu’il descende ou monte, peu importe – regarde en silence, tantôt le mors rongé, tantôt le frein lâché, c’est selon: tout dépend de ses douleurs, de ses convictions, d’un peu de vent ou d’une porte…

Marie-Anne Lorgé