Bienvenue au paradis / Emmanuel Macron consulte au Luxembourg

Olivier Tasch / Parce qu’entre amis on peut tout se dire, la rencontre entre Xavier Bettel et Emmanuel Macron, ce 6 septembre, ne manque pas de piquant. Les sourires de circonstance – même pas feints – et les franches poignées de main ne doivent pas leurrer qui que ce soit. Oui, la France est l’amie, l’alliée, la camarade du Grand-Duché. Et sans conteste, la France de Macron l’est plus encore de celle du Luxembourg de Bettel. Entre tenants d’un libéralisme mâtiné de bons sentiments sociaux on se comprend sur bien des sujets, mais pas tous évidemment. La question fiscale en est un, et non des moindres…

Les Luxembourgeois observent avec perplexité les débats qui secouent l’Hexagone sur le prélèvement à la source. Pour les contribuables grand-ducaux, le système relève de l’évidence. Xavier Bettel pourra amicalement en vanter les mérites, tout en rappelant, non sans malice, qu’en matière fiscale, la France fait ce que bon lui semble puisque c’est là une question de souveraineté nationale. Et qu’on ne vienne pas taxer le Grand-Duché de paradis fiscal ou évoquer les domiciliations de complaisance ou autres sociétés boîtes aux lettres. Au Luxembourg, tout cela appartient au passé. Peu glorieux pour les uns, véritable paradis perdu pour les autres…

Toujours est-il que le président de la République française se déplace au Luxembourg pour une des consultations citoyennes sur l’Europe. Lancées dans toute l’Union, elles serviront de base de réflexion pour les chefs d’Etat afin de fixer les priorités de l’UE pour la décennie à venir.

La question de la taxation des Gafa, ces fameux géants du web, en fait partie. Les ministres des Finances européens débattent déjà à bâtons rompus de la mise en place d’une taxe sur le chiffre d’affaires des entreprises du numérique. Certains, comme le ministre des Finances français, Bruno Le Maire, espèrent pouvoir l’imposer au plus tard en janvier 2019…

Sans doute va-t-il un peu vite en besogne, car c’est sans compter sur le Luxembourg qui répète à l’envi que cette taxe est, certes, envisageable, mais uniquement au niveau mondial, ou du moins de l’OCDE.

Et si d’aventure, l’ami de Macron venait à ne plus être Premier ministre après les élections d’octobre, son successeur ne changera pas l’amicale position grand-ducale. Quelle solution? Une Europe plus intégrée qui fixerait les règles fiscales au niveau supranational? En l’état – avec un projet européen qui a du plomb dans l’aile –, ce n’est sans doute guère souhaitable pour le Luxembourg sauf à vouloir se tirer une balle dans le pied.