« Bienvenue à Suburbicon » de George Clooney, polar enlevé dans l’Amérique raciste

L’Américain George Clooney réalise avec « Bienvenue à Suburbicon » un polar sombre et rythmé qui se déroule à l’époque des années 50 dans une Amérique raciste, à partir d’un scénario des frères Coen.

L’idée de « Bienvenue à Suburbicon » a mûri en écoutant les discours de campagne électorale de Donald Trump sur « la construction de murs et les minorités », avait confié George Clooney en septembre lors de la Mostra de Venise, où le film a été présenté. Le long-métrage, dans les salles mercredi, déroule deux histoires parallèles dans une petite banlieue blanche de la fin des années 50, rêve américain des classes moyennes, abordable et supposé parfaitement sûre. Une famille blanche – Matt Damon et Julianne Moore – va être engloutie dans un enchaînement tragi-comique de crimes.

Une famille noire, la première à venir s’installer dans ce paradis terrestre, va subir immédiatement les harangues inquiétantes d’une population prête à la lyncher. Seul souffle d’optimisme: les petits garçons des deux familles qui jouent ensemble au baseball. Le film s’inspire de faits survenus en 1957 à Levittown (Pennsylvanie), où William et Daisy Meyers devinrent les premiers habitants noirs de la commune. Dans les premières scènes de carte postale de « Suburbicon », le facteur est persuadé que la nouvelle venue est la bonne et s’empresse d’aller alerter les voisins, effarés par cette intrusion inquiétante dans leur univers exclusivement blanc. George Clooney a entremêlé cette histoire vraie avec un vieux scénario de polar nettement plus déjanté des frères Coen, qui offre enfin à Matt Damon un complexe personnage de « méchant » sous l’apparence d’un Américain moyen binoclard et bedonnant. « Quand on entend des discours sur le besoin de +rendre à l’Amérique sa grandeur+ tout le monde pense à l’ère d’Eisenhower dans les années 50 », expliquait l’acteur et réalisateur américain, en faisant référence à l’un des slogans du président américain actuel. Mais « c’était formidable à condition d’être blanc, mâle et hétérosexuel ». Pour autant, « il ne s’agit pas d’un film sur Trump », mais sur une Amérique qui « n’a jamais abordé pleinement ses préjugés racistes » nés de l’esclavage, et où « des Blancs ont encore l’impression de perdre leurs privilèges ». « Il y a un nuage noir au-dessus de mon pays en ce moment », déplorait le réalisateur, dont le film avait été dévoilé à Venise dans le contexte encore chargé de la poussée de violence de Charlottesville, ville de Virginie où une manifestante s’opposant aux partisans de la suprématie blanche avait été tuée en août. « Nous sommes en colère contre nous mêmes, contre la direction dans laquelle va le pays et le monde », expliquait le cinéaste. Et s’il voulait faire un film « méchant et drôle », il avoue que son dernier opus est également rempli de « colère ». En août, George et sa femme Amal Clooney, très engagés sur les questions de société, avaient fait un don d’un million de dollars afin de combattre « la haine » et « endiguer l’extrémisme violent aux Etats-Unis », quelques jours après les événements de Charlottesville. Matt Damon avait lui estimé à Venise que le film avait « été fait au bon moment ». Il s’agit de la sixième fiction réalisée par George Clooney.