Besoin d’innovation / vu des marches

Dans un monde en profonde mutation technologique, sociétale et économique, l’innovation est cruciale pour la compétitivité des entreprises. Elle l’est tout autant au niveau macroéconomique. Les entreprises innovantes créent des emplois mais aussi des clusters technologiques. L’innovation peut générer des gains de productivité, un moteur de la croissance à long terme d’autant plus important que la population vieillit. En outre, parce qu’elle crée du revenu et de la richesse, l’innovation contribue au financement des services publics et sociaux. Voilà pour la théorie. Et en pratique? La Commission a cartographié l’innovation de la recherche et développement (R&D) dans l’UE pour permettre une comparaison avec le reste du monde. Premier constat: la croissance soutenue des budgets de R&D au niveau mondial. Pour les entreprises européennes, elle se chiffre à 7%, en ligne avec les entreprises américaines, tandis qu’en Chine, partant de plus bas, elle est de 18%. Ces investissements apparaissent relativement concentrés. Dans l’automobile, la santé et dans une moindre mesure dans les TIC en Europe. Aux Etats-Unis, la moitié des investissements en R&D concernent les TIC, domaine dans lequel la Chine investit également énormément (44% contre 19,5% pour les entreprises européennes). Dans l’UE, vingt-cinq groupes assument 50% des investissements de cette 4e révolution industrielle, les grandes entreprises implémentant davantage d’innovations que les PME. Autre constat: les entreprises particulièrement innovantes emploient proportionnellement plus de jeunes et de femmes.

Selon un rapport indépendant réalisé pour la Commission (Investing in the European future we want), l’UE apparaît à la traîne en termes d’innovation (R&D en pourcentage du PIB, part du high-tech dans la valeur ajoutée, nouveaux brevets). La disponibilité de capital à risque pour financer l’innovation y est largement inférieure à celle des Etats-Unis. Le professeur Luke Georghiou, spécialiste en recherche et innovation, insiste sur la nécessité de développer des réseaux interentreprises et de créer un écosystème de l’innovation. La taille réduite des marchés nationaux, en comparaison avec les Etats-Unis, représente une barrière au développement, d’où l’importance d’harmoniser les standards et les critères en termes d’achats dans l’UE. Concernant le financement, on peut ajouter l’importance d’une Union des marchés de capitaux.

Stimuler l’innovation est un objectif crucial de la politique économique structurelle. Il faudra travailler selon différents axes tout en gardant une vue d’ensemble.

William De Vijlder,

BNP Paribas