Bella Italia/ Des ténèbres à la lumière

Danièle Fonck / L’Italie a un président qui ne se contente pas d’inaugurer des monuments et de déposer des gerbes de fleurs. Voilà qui suscite tout un brouhaha. Pourtant, il n’est pas le premier du genre et cela, ceux qui savent lire et relire l’histoire ne devraient pas l’ignorer.

Sergio Mattarella n’est pas simplement un président élégant. Il est courageux et intelligent. Il a bien compris justement que l’histoire est au long cours et que la dignité d’un pays s’inscrit autant dans le passé que dans l’avenir et le présent.

Peut-être, sa décision d’empêcher l’installation au pouvoir d’un gouvernement populiste, europhobe, voire stupide sur le plan économique, et de nommer un président du Conseil de transition conduira-t-elle les Italiens à voter plus encore pour la Ligue et le Mouvement 5 étoiles. Car il faudra bien revoter tôt ou tard. Et alors? Le chaos perdure, certes. Mais, cela non plus n’est pas une première. Si les Italiens devaient ancrer leur choix, cela confirmerait l’écroulement définitif d’un système politique qui s’était déjà crashé et dont rien de bon n’avait résulté.

La Grèce et la Rome antiques ont montré que l’apogée est suivie de la décadence et que pour sortir du fossé, il faut du temps, de la douleur, des échecs. Comme d’autres pays, l’Italie vit une mauvaise passe. Le redressement, là-bas comme ailleurs, passera par une refonte de la société occidentale à laquelle on n’apprend plus le sens des valeurs avec majuscules.

Le résultat en est, entre autres, l’ascension aux postes-clés, plus particulièrement en politique, de personnes tantôt respectables, quoique non aptes «au job», tantôt corrompues, égoïstes et/ou égocentriques.

Faut-il écouter le peuple qui râle? Non, les électeurs n’ont pas nécessairement raison. Ils ont le droit de voter en démocratie, ce qui est tout à fait autre chose. Il n’existe pas de passeport d’aptitude au vote. Et quand des citoyens sont devenus les victimes d’informations et de croyances fausses, ou truquées, ils sont en état d’errement, leurs choix sont erronément faits, tout cela sans en être directement responsables.

Précisons: ils le sont indirectement car pour mal juger, il faut être mal informé, et chacun peut – s’il le veut – s’informer correctement et réfléchir par lui-même. Le peuple n’est pas juste un troupeau qui suit un leader qu’il a lui-même désigné.

L’Italie, beau et fier pays, a un passé, un patrimoine culturel, une intelligence collective qui remonte à des siècles, bien avant l’unification et la création d’un Etat-nation.

Les atouts ne peuvent pas s’être perdus complètement.

Un de ces jours, de Florence à Rome, de Naples à Turin, de Venise à Lucques, la finesse d’esprit, conjuguée à la générosité méditerranéenne, rejaillira. Et des «phobes» renaîtront des «philes».