La Belgique face au drame des enfants retenus en zone jihadiste

Une poignée de retours à Bruxelles mais des dizaines de familles encore dans l’attente et l’angoisse. La présence de jeunes enfants belges dans les camps jihadistes de Syrie préoccupe la Belgique, un des pays européens les plus concernés par ce phénomène avec la France.

« On les ramène dans la mesure où ils sont prêts à revenir, en général par la Turquie d’une façon protégée par nos policiers », expliquait fin septembre le ministre belge de la Justice Koen Geens, admettant l’existence d’un point de rassemblement sur le sol turc –« une sorte de +hotspot+ »– pour les candidats au retour.

Le gouvernement belge estime à « une centaine au minimum » le nombre d’enfants belges de moins de 12 ans actuellement en Syrie, nés là-bas ou partis avec un adulte combattant ces dernières années. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec les « 14 enfants rentrés », dont « onze de moins de 6 ans », selon le ministre de l’Intérieur Jan Jambon. A cet âge-là, on peut considérer que leur endoctrinement a été « relativement réduit », avec une menace « faible » pour la sécurité, mais les traumatismes endurés justifient néanmoins un suivi psycho-social en Belgique, a précisé le ministre devant des députés le 26 septembre. Un « accompagnement » au retour, à « affiner » sans cesse, est essentiel, ont rappelé jeudi à l’occasion d’une réunion en Flandre les procureurs de quatre pays (France, Belgique, Espagne et Maroc) coopérant dans la lutte antiterroriste.

Pour l’instant, les services de l’Aide de la jeunesse de la partie francophone de la Belgique, interrogés par l’AFP, n’ont eu à traiter que quatre cas de jeunes enfants à héberger dans un centre éducatif spécialisé. Le passage par le bureau du juge de la jeunesse est réservé aux adolescents (âgés d’au moins 12 ans, ndlr) soupçonnés d' »une infraction » en zone de combats. Aucun cas n’a encore été recensé dans la Fédération francophone Wallonie-Bruxelles. Cela fait dire à certains observateurs que le gouvernement n’emploie pas tous les moyens possibles pour tenter d’exfiltrer ses ressortissants.

Certes la Belgique participe à la coalition internationale anti-Etat islamique (EI), mais par des frappes aériennes, sans troupes au sol, répond-on au niveau officiel. « Le problème est complexe. Que faire ? Envoyer sur place des équipes pour identifier les enfants ? Si jamais le parent est mort, la nationalité peut être difficile à prouver », fait remarquer un haut responsable de la sécurité sous couvert de l’anonymat.

En Turquie, la Belgique dispose de services consulaires pour faciliter les rapatriements, ce qui n’est pas le cas en Syrie ni en Irak. Mais il faut déjà que le mineur ait pu franchir la frontière. Bahar Kimyongur, un chercheur belge qui collabore avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, estime que le président turc Recep Tayyip Erdogan lui-même détient une partie de la solution. En tout cas pour aider les enfants retenus dans la province d’Idleb. Dans cette région du nord-ouest de la Syrie, limitrophe de la Turquie, « Erdogan a des appuis à travers les brigades turkmènes (…)

Les autorités turques ont beaucoup de contacts et de marge de manoeuvre », affirme cet expert à l’AFP, rappelant que l’armée d’Ankara devrait se déployer prochainement à Idleb avec les Russes et les Iraniens pour sécuriser cette province conformément aux accords d’Astana.

Via ses contacts, notamment familiaux, des deux côtés de la frontière turco-syrienne, M. Kimyongur a aidé des mamans, une Française et une Belge, dans leur combat pour exfiltrer un jeune enfant de la zone. Le dernier cas sur lequel il s’active, évoqué par plusieurs médias, a suscité de l’émotion en Belgique.

Un jihadiste belge a emmené en mai sa fillette de 3 ans en Syrie à l’insu de la maman dont il est séparé. Ils ont pu traverser les frontières en autocar, alors que le papa était placé sous surveillance électronique dans le cadre d’un dossier de droit commun. Une adolescente de 14 ans s’est jointe au duo. Elle est enceinte et serait sur le point d’accoucher.

En France, ces drames mobilisent aussi beaucoup les autorités. En mars 2017, le ministère français de l’Intérieur estimait à 450 le nombre de ses ressortissants mineurs, « pour la plupart très jeunes », présents dans la zone irako-syrienne.