Banksy le protestataire exposé à Milan

– On ignore qui il est. Mais ses oeuvres suscitent un engouement rare. Jusqu’au 14 avril, Milan invite à découvrir le mystérieux street-artiste britannique Banksy, qui a fait de ses oeuvres un moyen d’expression et de protestation.

Cette exposition organisée par le Mudec est « la première de Banksy dans un musée public, à l’exception de celle de Bristol réalisée par l’artiste mais qui était plus une extraordinaire performance », souligne le commissaire Gianni Mercurio. Celle-ci n’a pas été autorisée par Banksy et la monter fut « très difficile; ce fut comme travailler avec un fantôme », explique-t-il. L’identité de Banksy est un mystère bien gardé depuis ses débuts dans les années 1990. De lui, on connaît sa nationalité (britannique), sa ville d’origine (Bristol), sa page Instagram aux 5 millions d’abonnés et son site internet où il met en ligne ses oeuvres, sans autre commentaire. « Banksy doit une grande partie de son succès, ou plutôt de sa popularité, au fait d’être un artiste anonyme. C’est une contradiction en soi: la notoriété à travers l’anonymat », note le commissaire.

Pour l’exposition, M. Mercurio explique avoir choisi « une approche un peu académique » pour construire ce parcours baptisé « L’art de Banksy. Une protestation visuelle ». « Je veux faire comprendre au public qui est Banksy en tant qu’artiste et pas seulement comme phénomène médiatique. Il est devenu un mythe et cela a conduit à faire passer au second plan son art, son travail en tant que tel », explique-t-il.

L’exposition commence par une plongée dans les sources d’inspiration de Banksy, du situationnisme à Mai 68, puis sonde le thème de la rébellion, fétiche à l’artiste. On découvre le fameux « Love is in the air », sérigraphie d’un manifestant lançant un bouquet de fleurs au lieu d’un cocktail Molotov, témoin d’une résistance pacifique mais bien réelle.

Plusieurs oeuvres témoignent de la technique du « détournement » utilisée par l’artiste, qui intervient sur des copies d’oeuvres mondialement connues, en modifiant des éléments pour en changer le sens. Dans « Flag », il reprend ainsi la photo de Marines prise en 1945 par le prix Pulitzer Joe Rosenthal, en remplaçant les soldats plantant un drapeau américain par des gamins rebelles de Harlem, juchés sur une voiture incendiée. Dans « Turf War », il transforme l’austère Winston Churchill en icône punk à crête verte, un acte qu’il qualifie lui-même de « vandalisme créatif ». L’exposition fait aussi une part belle aux fameux rats de Banksy (« détestés » mais « capables de mettre à genoux la civilisation »), qui deviennent sous ses mains artiste, joueur de violon ou rappeur.

L’art de Banksy se veut tout à la fois satirique et engagé, dénonçant le consumérisme, l’impérialisme américain ou la guerre, comme ce détournement de la célèbre petite Vietnamienne brûlée au napalm, qui se retrouve entourée de Mickey Mouse et du clown Ronald McDonald. « L’essence de Banksy est le message. C’est un artiste extrêmement narratif et réaliste parce qu’il utilise des éléments et des personnages de la vie de tous les jours », note M. Mercurio. « Banksy a ramené dans le street-art la composante rebelle et politique qui avait été abandonnée. C’est son grand mérite », ajoute-t-il. Au total, l’exposition présente quelque 80 oeuvres, une quarantaine de souvenirs (magazines…) et une soixantaine de couvertures de vinyles et de CD dessinés par Banksy, pour Blur ou Paris Hilton par exemple, un pan de son oeuvre souvent ignoré du public.

Un documentaire de 20 minutes et un espace multimédia permettent aussi de découvrir les lieux du monde entier où Banksy a opéré, souvent là où on ne l’attend pas, de New York à Gaza, en passant par Calais. Selon M. Mercurio, « l’establishment l’a longtemps snobé » mais avec son happening incroyable réalisé en octobre à Londres –quand il a provoqué l’autodestruction partielle d’une de ses toiles qui venait d’être vendue aux enchères pour plus d’un million d’euros– il a réussi à chambouler cette attitude.