Bad Banks, Good Banks? /DISSONANCES

Jean-Louis Schlesser / Séparer le bon grain de l’ivraie. Ou, ce que faisait ma grand-mère quand elle inspectait le fruitier: elle séparait les pommes vermoulues et celles en cours de pourriture des pommes en bonne santé.

Avec la crise financière, économique et politique de 2008, lorsqu’il devint apparent que les vices du système financier pourraient devenir un danger économique mortel sur un plan planétaire, on eut recours à la même méthode. On transféra, généralement avec l’aide des Etats, la pourriture financière vers des Bad Banks et on essaya de continuer, vaille que vaille, avec ce qui restait d’actifs non toxiques.

C’est ce qu’on fit dans le cas de la Dexia (prédécesseur de l’actuelle BIL au Luxembourg), avec à la clé une facture de 13 milliards d’euros à régler par les contribuables belges et français, ceux du Luxembourg se tirant de ce mauvais pas à moindre coût. Nous dirons que les dirigeants de l’époque chez Dexia avaient fait du «bad banking», et pas qu’un peu.

La série télé germano-luxembourgeoise Bad Banks – tout le monde en parle dans notre beau pays – effectue un transfert de la procédure technique vers le plan moral, du «bad» financier vers le «mauvais» moral. Les intervenants banquiers dans cette histoire manichéenne sont «mauvais» et même les innocentes et les innocents ne pourront résister longtemps à l’appel du «mal». L’œuvre confirme ce que nous savions tous: l’argent corrompt et beaucoup d’argent corrompt beaucoup.

N’y a-t-il donc aucune lueur d’espoir dans cet univers régi par ce qu’il y a de plus primitif et de plus reptilien dans l’Homme, dans ce monde de la finance ignoble?

Si, il y en a une! Cet univers peut, peut-être par esprit d’autoconservation, produire de quoi faire son autocritique. Dans le cas qui nous occupe ici, le préfinancement de la participation luxembourgeoise est assuré par un fonds alimenté par l’argent public. Puisque nous connaissons l’énorme part des secteurs financiers et assimilés dans les rentrées disponibles à la redistribution et dans l’attente des bénéfices du space mining, nous pourrons conclure que, dans une belle perspective d’économie circulaire, la place financière participe (d’une façon formatée prime-time) à sa propre critique. Ajoutons que le phénomène n’est pas neuf. Hollywood, porte-étendard de tout ce qui est américain, gagne régulièrement beaucoup d’argent en descendant en flammes son propre système ainsi que les valeurs américaines. C’est le propre des systèmes ouverts et c’est ce qui leur permet de s’adapter et de survivre. Au grand dam de ceux portés vers l’action radicale.

Ce que je trouve vexant, sinon plus, en tant que contribuable luxembourgeois, est le fait que ni Arte, un Groupement européen d’intérêt économique (GEIE) franco-allemand, ni la ZDF, chaîne de droit public allemande, les deux diffuseurs hertziens et numériques de Bad Banks, n’ont cru bon d’inclure les financiers luxembourgeois dans leur offre streaming. Pour des questions de droit(s), disent-ils.

Des questions de droit(s) qui, manifestement, ne se sont pas posées quand il s’est agi de boucler le budget. Ce qui nous remet à la place qui nous est due, n’est-ce-pas?

Ce qui est également un indicateur des moyens dont dispose le numérique (à l’opposé du hertzien, qui se joue des frontières) pour diriger, orienter, manipuler. Et frustrer.