«Avengeresses» / «Ocean’s 8» de Gary Ross

Misch Bervard / En 2001 Steven Soderbergh, qui s’était fait connaître grâce à Sex, Lies, and Videotape (Palme d’or à Cannes en 1989) et confirmer par les oscarisés Erin Brockovich et Traffic (tous les deux en 2000), nous surprenait quelque peu en tournant un remake d’Ocean’s 11, un film de 1960 avec Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr. et Angie Dickinson. Soderbergh en avait repris la trame narrative, l’avait placé dans un Las Vegas moderne avec des casinos hypersécurisés, et confié les rôles principaux à la plus belle palette de superstars disponible à l’époque: les deux «sexiest men alive» George Clooney et Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia, Julia Roberts… et même une petite (ré-)apparition d’Angie Dickinson.

Mais ce qui fait que ce film ultracommercial – d’un réalisateur considéré comme pionnier du cinéma indépendant – nous soit resté en mémoire, c’est le rythme endiablé mais parfaitement calculé de sa mise en scène spectaculaire, l'(auto)dérision des situations et des personnages, le tout entraîné par une musique originale de David Holmes.

Vu l’énorme succès financier (mais aussi critique) de l’entreprise, les inévitables «sequels» Ocean’s Twelve (2004) et Ocean’s Thirteen (2007) ont suivi, d’après la même recette, avec plus ou moins les mêmes personnages et mais avec un succès légèrement déclinant.

Alors quand on a annoncé, plus ou moins dix ans après le dernier volet de la trilogie, qu’un «spin-off» des aventures de la bande de Danny Ocean (Clooney) était en préparation, les fans inconditionnels (tout comme les spectateurs qui avaient simplement apprécié la série), pouvaient vivre un jouissif moment d’attente, comparable – toutes proportions gardées – à celui de la deuxième trilogie Star Wars. Et quand, en plus, l’info sur une distribution entièrement féminine est sortie, à notre époque où l’égalité hommes-femmes est plus que jamais un sujet à Hollywood, l’espoir d’un bon moment de cinéma grandissait. Tout comme, bien entendu, la méfiance et la peur d’une énième déception du même genre. Souvenons-nous qu’il n’y a pas longtemps, on avait étalé des arguments pseudo-féministes pour nous vendre les aventures d’une superhéroïne qui courait en bikini dans les tranchées de la guerre 14-18.

On a aussi du mal à se souvenir du dernier film avec Sandra Bullock qui n’ait pas été un navet! En 2013, on la trouvait aux côtés de George Clooney dans Gravity, et voilà qu’elle joue la sœur de Danny Ocean (R.I.P) dans Ocean’s 8.

Danny est décédé (really?) alors que sa frangine Debbie était en prison. Le film commence avec la libération de celle-ci, et l’expression de son désir de vouloir mener une vie tranquille et respectable. Mais il est vite clair qu’elle a profité de ses cinq années derrière les barreaux pour préparer «le coup ultime». Pour des raisons de vengeance d’une part, et parce que c’est ce qu’elle sait faire le mieux d’autre part. Alors, suivant le principe des épisodes précédents, elle réunit autour d’elle une équipe formée des meilleures spécialistes dans divers domaines du monde du crime et de la déception (receleuse, hackeuse, voleuse à la tire…). Le but apparent est de voler un collier Cartier de 150 millions de dollars lors de la soirée du Met Gala, qui réunit annuellement le who-is-who étatsunien dans l’un des musées les plus sécurisés du monde.

S’il n’y a rien de particulièrement original dans le film et le scénario de Gary Ross, le réalisateur du plaisant Pleasantville (1998), du solide premier épisode des Hunger Games (2003), mais aussi du bancal Free State of Jones (2016), il ne commet pas non plus de fautes de goût, et Ocean’s 8 arrive à tenir ses promesses. Soderbergh n’est plus crédité qu’à la production, et la musique de David Holmes nous manque parfois. Mais globalement, la machinerie sophistiquée fonctionne toujours.

Et même si les actrices/stars n’atteignent pas le charisme glamour du duo Clooney/Pitt, Sandra Bullock s’en sort plutôt bien, Anne Hathaway et Cate Blanchett sont impeccables, et Rihanna est ici bien plus qu’un bel argument de promotion.

Agréablement surpris par ce gang de filles vengeresses et par la fraîcheur qu’elles ajoutent au projet, on peut regretter que certains personnages secondaires, notamment ceux interprétés par Awkwafina et Mindy Kaling, n’aient pas plus de présence dans ce film, qui devrait rester pourtant l’une des meilleures histoires de superhéroïnes de la saison.