Automobile / La liberté de foncer

Jérôme Quiqueret / Comme la Norvège avec la chasse à la baleine, les Etats-Unis avec le droit de porter une arme, l’Allemagne userait de sa dose d’irrationalité pour défendre la vitesse illimitée. Un raffinement, qu’elle ne partage qu’avec des pays, l’Afghanistan et la Corée du Nord, qu’on n’associe pas directement à cette raison qu’on lui reconnaît si souvent.

Une commission, chargée d’étudier les moyens d’atteindre les objectifs de 40% de réduction des émissions à effet de serre d’ici 2030, pensait bien faire en envisageant l’introduction de la limitation de vitesse sur les 11.500 kilomètres d’autoroutes allemandes qui n’en sont pas encore dotées. Une limitation à 120 km/h permettrait d’économiser 0,3% des émissions, ce qui représente tout de même cinq millions de tonnes de CO2 en moins, dans un secteur qui compte un cinquième des émissions nationales. L’idée a des vertus pour la sécurité routière – 180 décès sur 401 sur les autoroutes allemandes en 2017 – et l’absorption du trafic. Elle a aussi l’avantage de ne rien coûter. Et pourtant le ministre de tutelle CDU, Andreas Scheuer, a désavoué ses propres experts en déclarant la proposition «irréaliste» et contre «le bon sens». Et c’est tout le débat public qui s’est enflammé autour du sujet. Les arguments pour dire en quoi la mesure n’est pas la panacée sont légion. Par contre, les arguments en faveur du maintien jouent de la corde bien usée de la liberté, un grand principe qui se trouve tout à coup bien ratatiné quand on prétend qu’il se trouve sous le pied.