Autofestival / DISSONANCES

Jean-Louis Schlesser / La vie de notre beau pays est rythmée par un certain nombre d’évènements.

L’un d’eux est l’octave. Laquelle, comme son nom ne l’indique pas, dure quinze jours et précède l’été de quelques semaines. Cette fête religieuse consiste essentiellement en un pèlerinage organisé, comme le précise le portail officiel du gouvernement, «en l’honneur de Notre-Dame de Luxembourg, c’est-à-dire Marie, la Vierge consolatrice des affligés, patronne de la capitale et du Grand-Duché de Luxembourg».

Pendant le calamiteux XVIIe siècle, alors que la peste faisait rage, un frère jésuite nommé Jacques Brocquart, guéri miraculeusement, avait fait vœu de remercier la Vierge en portant, entouré des élèves de son collège, son effigie en procession jusqu’à une chapelle se trouvant au Glacis du Limpertsberg. La procession dansante d’Echternach, dont les origines sont incertaines – hommage à saint Willibrord, un bénédictin missionnaire venu de Northumbrie pour mourir à Echternach ou récupération chrétienne d’usages païens? –, est un évènement de renommée mondiale, inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Si vous avez écouté la musique qui accompagne la cadence des pas des danseurs, elle ne vous lâchera pas de la journée. Deux points d’orgue dans la vie du pays, deux épisodes folkloriques à connotation religieuse, au grand dam des laïcards et des bouffeurs de curés.

Heureusement que nous vivons tous – laïcards et bouffeurs de curés compris – chaque année un évènement majeur, qui a lieu en plein hiver, qui éclipse en importance octave et procession dansante et qui illumine de néons et de LED scintillants cette triste période: l’Autofestival.

Créé il y a cinquante-quatre ans par un organisme appelé Fegarlux, c’est sans doute l’évènement le plus fédérateur de tout le pays, celui qui rassemble les petits jeunes qui achètent leur première Mini et les pépés qui achètent leur dernière Mercedes, les nantis et ceux qui ne le seront jamais, les acheteurs de Porsche, de Dacia, d’Aston Martin, de VW et… il est dommage que les marques Yugo, Zastava et Daewoo n’existent plus.

Nous sommes tous sous le charme de cette extase matérielle bien luxembourgeoise, ou du moins «on» fait de son mieux pour «nous» le faire croire.

Cette messe fétichiste, cette danse macabre – qui ne ressemble en rien à celle d’Echternach – virevoltant autour d’un appareil qui, assurément, fut un instrument de libération et d’autonomie individuelle pendant quelques décennies, ce culte idolâtrique de la puissance, du gadget numérique et des jantes 19 pouces, devrait appartenir au passé. Nous payons le prix fort. On a pu calculer que depuis 1945, 120 millions de femmes, d’hommes et d’enfants ont trouvé la mort à cause d’accidents de la route. Si vous lisez ceci, vous êtes, comme moi, un heureux survivant de ce massacre. A côté des accidents, des morts et des blessés, 11.000 citoyens de l’Union européenne meurent chaque année à cause des émissions de dioxyde de carbone et de particules fines. Engagements non respectés, essais truqués, mensonges effrontés, impunité de facto accordée par les instances régulatrices, la facture est salée. Et si la raison revenait?