Au clou

490_008_7544717_Marie_AnneAlors que la nature entame sa mue, que l’on n’a pas encore hurlé aux fantômes halloweenesques ni humé les chrysanthèmes, voilà que l’on nous vend déjà Noël. On a les boules. Le plus stupéfiant, c’est que pour nous en distraire – pour distraire peur ou colère –, on s’en rajoute. Comme s’il s’agissait de combattre le mal par le mal. Le pire, c’est d’y croire.

Oui, on a les boules. Les uns s’emploient alors à rêver à un endroit où se perdre sans s’égarer. D’autres se résignent à frapper à la porte de «Ma tante»: l’adresse n’est pas filiale.

«Ma tante» a l’allure d’une quincaillerie, il y est d’ailleurs question de clou, mais rien à voir avec le bricolage – nouer les deux bouts, c’est une plomberie existentielle.

«Ma tante», comme on surnomme le mont-de-piété depuis 1618, ne désemplit plus – c’est le clou du spectacle de la crise – sauf qu’à défaut de bijoux (en franc déclin), foreuses, ponceuses et vélos sont désormais mis en gage. Il en est même qui mettent leur plume au clou, mais penser à crédit, c’est vendre son âme au diable.

 

Marie-Anne Lorgé