Au bord de l’extinction au 20e siècle en Europe, les grands carnivores reviennent en force

Au bord de l’extinction en Europe au début du 20e siècle à cause de la chasse et du recul de leur habitat, les grands carnivores comme le loup gris, l’ours brun, le lynx et le glouton sont de retour et bien établis sur le vieux continent.

Ce sont les conclusions d’un vaste recensement effectué sur l’ensemble de l’Europe, à l’exception de la Russie et de la Biélorussie, par une équipe internationale, publié jeudi dans le revue américaine Science.

« Notre étude montre qu’environ un tiers du continent européen (1,5 million de km2), soit tous les pays sauf le Danemark, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique, abrite aujourd’hui au moins une espèce de grand carnivore dont la population est stable ou en augmentation », écrivent les auteurs dont Guillaume Chapron, professeur-adjoint au département d’écologie de l’Université suédoise des sciences agricoles qui a coordonné ces travaux effectués par 76 scientifiques de 26 pays.

Les ours bruns, les plus nombreux avec environ 17.000 spécimens, sont présents de façon permanente dans 22 pays (485.400 km2 au total).

Les loups gris, deuxième espèce de grand carnivore la plus représentée en Europe avec plus de 12.000 animaux, sont établis dans 28 pays sur un territoire de 798.300 km2. Les lynx eurasiatiques arrivent au troisième rang avec quelque 9.000 individus qui se trouvent dans 23 pays (813.400 km2). Enfin les gloutons, au nombre de 1.250, qui sont seulement acclimatés aux régions froides, se cantonnent dans trois pays nordiques, la Norvège, la Finlande et la Suède. Bien que la plupart des populations de ces grands prédateurs augmentent ou restent stables depuis ces dernières années, certaines sont au bord de l’extinction comme le loup de la Sierra Morena en Espagne, l’ours des Pyrénées ou le lynx dans les Vosges. Ces quatre espèces de grands carnassiers vivent et se reproduisent dans des espaces dominés par les humains et dans une large mesure en dehors de zones protégées comme des parcs nationaux.

– Réussite des politiques de conservation –

Ces statistiques suggèrent que ces prédateurs peuvent parfaitement co-exister avec les humains dans un même espace dominé par ces derniers, ce qui témoigne de la réussite des politiques de conservation mises en oeuvre par l’Union européenne à l’échelle du continent, soulignent ces scientifiques.

L’Europe compte ainsi aujourd’hui deux fois plus de loups que les Etats-Unis alors que son territoire est deux fois moins étendu (4,3 millions de km2 contre huit millions km2) et une densité de population double (97 habitants/km2 contre 40 habitants/km2). Cela montre, selon les auteurs de cette étude, que « le modèle du partage des terres où humains et prédateurs coexistent peut fonctionner sur tout un continent ». Aux Etats-Unis, l’approche est inverse: on tient loin des zones habitées les espaces où ces grands prédateurs vivent et sont protégés, comme les loups ou les ours dans le parc national de Yellowstone (Wyoming, ouest des Etats-Unis). Plusieurs facteurs expliquent, selon les auteurs, le regain de vitalité de ces grands carnivores en Europe dont le repeuplement des cervidés, notamment les cerfs, et des sangliers dont ils se nourrissent, évitant ainsi qu’ils ne s’attaquent aux cheptels. Les auteurs de l’étude citent également l’exode rural au 20e siècle qui a permis aux loups, ours et lynx d’étendre leur territoire. Mais, selon eux, les lois de protection adoptées en Europe avec notamment la convention de Berne en 1979 sur la préservation des espèces sauvages et du milieu naturel ainsi que la directive « habitats faune-flore » en 1992, expliquent surtout ce succès de conservation