En attendant la tempête / «Adrift» de Baltasar Kormákur

Misch Bervard / Après Everest en 2015, Adrift est le deuxième film en trois ans du réalisateur islandais Baltasar Komákur dont l’affiche proclame «based on the incredible true story». Les deux films ont encore en commun d’être des histoires de survie, et d’avoir des tempêtes à la base de leur scénario.

Adrift raconte l’histoire de Tami Oldham qui devait, en 1983, avec son fiancé Richard Sharp, rapatrier un voilier de 13 m de Tahiti à San Diego en Californie. En plein océan pacifique, ils sont surpris par l’ouragan Raymond. Le bateau est quasiment détruit, et Richard restera à jamais perdu en mer.

Mais Tami, celle de l’histoire vraie, réussit grâce à des réparations de fortune sur la coque et la voilure, à survivre en solitaire pendant 41 jours, et à diriger l’embarcation vers Hawaii par le seul moyen d’un sextant.

Le film, lui, commence après la tempête, au moment où Tami se réveille dans les décombres de la cabine inondée du voilier. Sur le pont, elle trouve les restes de la corde qui devait sécuriser Richard, et réalise donc la situation désespérée dans laquelle elle se retrouve.

Retour en arrière de quelques mois: Tami et Richard font connaissance à Tahiti, puis naît leur histoire d’amour. Histoire d’ailleurs très fleur bleue, peu convaincante, et sans la moindre épaisseur.

Mais qu’importe: le spectateur est venu au cinéma pour voir la tempête. Et il faut reconnaître que Kormákur réussit, malgré ces premières réticences par rapport au couple de protagonistes, à insuffler à sa narration un rythme plutôt efficace, qui ne se lasse pas des continuels sauts temporels du présent vers le passé (et inversement).

Et ce n’est pas là la seule réussite du film. Tout réalisateur d’histoires de naufragés solitaires (en mer, sur des îles désertes, ou même dans l’espace intersidéral) se trouve forcément confronté au même problème: Comment et avec qui faire dialoguer son personnage principal et unique? L’héroïne pourrait parler à elle même (procédé peu subtil et rarement réussi), s’inventer un ami imaginaire, ou adopter un animal faisant fonction de «Sprechhund»…

Komákur choisit carrément de laisser Tami retrouver son fiancé sur un canot de sauvetage après une journée de dérive.

Evidemment, on apprendra plus tard que cela n’aura été que le début de ses hallucinations, annoncées d’ailleurs depuis l’une des toutes premières conversations du film, dans un flashback à Tahiti.

A ceux qui nous reprocheront de commettre un «spoiler» en révélant ainsi la «surprise» de fin de film, nous rappellerons l’exemple de Hitchcock pour expliquer la différence entre surprise et suspense: Si une conversation anodine dans un film est tout à coup interrompue par l’explosion inattendue d’une bombe, le spectateur est sans doute surpris.

Mais si ce dernier sait qu’il y a une bombe sous la table, et que les personnages du film l’ignorent, le suspense se crée, et augmente même avec la durée ou le degré de banalité de la scène. Il en est de même dans Adrift:

Des scènes hautement (mélo)dramatiques, entre un Richard mourant et notre héroïne à l’instinct de survie impressionnant – généralement noyées dans une musique proche de la caricature mélo et agrémentées de dialogues kitsch-de-chez-kitsch à propos de couchers de soleil successifs – peuvent être interprétées à un second degré, une fois qu’on est conscient qu’elles n’existent que dans l’imagination de l’héroïne.

Mais quelle que soit la façon que l’on choisit pour voir Adrift, ce qui est sûr, c’est que l’exercice du réalisateur est un permanent balancement sur une corde raide, qui doit son équilibre et sa stabilité avant tout au talent de l’actrice Shailene Woodley (Big Little Lies, la série des Divergent etc.), qui convainc physiquement et émotionnellement.