En attendant le 14… / Législatives

Jacques Hillion / Dix partis pour huit listes complètes, 547 candidats pour 60 sièges disponibles, la campagne électorale entame sa dernière ligne droite… sans grande joute jusqu’à maintenant. Sauf peut-être dans les rangs de la droite souverainiste qui a ouvert la porte à la droite identitaire. Son discours sur la langue luxembourgeoise occupe un large espace médiatique et se montre contagieux. Et ce, même s’il repose sur de faux postulats puisque le luxembourgeois ne s’est jamais mieux porté qu’actuellement, que le pays s’est construit, dès sa création, sur le plurilinguisme et que la société est plus que jamais multiculturelle.

La focalisation sur le débat linguistique ne peut cependant pas occulter que les préoccupations sont économiques. Elles portent sur la croissance de la richesse, son contrôle et sa répartition. Et là, les grands partis ne sortent pas des clous tant les marges de manœuvre sont réduites. L’économie se porte plutôt bien et si ça patine, notamment en termes de mobilité et de logement, c’est principalement parce que les décisions nécessaires n’ont pas été prises en temps voulu. Toute l’ambition du CSV est de retrouver sa place – qu’il considère comme «naturelle» –, au gouvernement. A l’image de ses cinq ans sur les bancs de l’opposition, il ne fait pas de vagues pour atteindre son objectif. Au point, dit-on, que sa victoire ne serait plus aussi éclatante que le prédisaient encore les sondages avant l’été. Du côté des partis de la coalition, l’entrain des débuts de législature s’est perdu. Aucun n’affiche clairement la volonté de poursuivre le chemin entamé malgré des résultats, notamment en matière d’économie, fort honorables. La grande force de la coalition est d’avoir montré que le CSV est un parti comme un autre, qu’il n’est pas uniquement taillé pour le pouvoir et que, finalement, le pays ne s’est pas écroulé en son absence. Si le chemin semble difficile pour la coalition sortante, il n’est pas non plus impossible. Il est probable que les grands courants de fond (en faveur des droites dures et contre la social-démocratie) qui traversent l’Europe attireront, ici comme ailleurs, les mécontents et nourriront l’ADR ou déi Lénk pour des raisons très différentes.

Est-ce que ce sera suffisant pour déstabiliser les partis de gouvernement?

La question est ouverte, surtout si le CSV a des difficultés à mobiliser son électorat.

La réponse repose essentiellement sur les cadors du DP et du LSAP, leur capacité à attirer des voix sur leurs noms afin d’éviter le vote sanction que les sondages précités mettaient en évidence.